« Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Frères et sœurs, depuis l’aube de notre vie chrétienne, par cette phrase de consécration, nous sommes plongés dans un mystère, immergés dans une vie nouvelle, engagés dans un mouvement d’amour et de communion. La marque de Dieu, le sceau de la Trinité et le signe de la croix s’impriment dans notre chair. Ils informent notre vie personnelle, mais s’expriment aussi dans notre vie relationnelle, dans nos familles, dans nos communautés.
Comme le rappelle le pape Léon dans son encyclique Magnifica Humanitas, « la personne humaine est invitée à la communion avec Dieu (…) : sa vocation la plus profonde est d’entrer dans le mouvement trinitaire de l’amour reçu et partagé ».
Célébrer la Trinité, c’est contempler en nous et autour de nous les marques de la divinité et leurs conséquences pour notre humanité, pour notre société. C’est contempler cette familiarité divine pour redécouvrir la fraternité humaine. C’est contempler Dieu pour devenir pleinement humain.
De la philanthropie divine à la solidarité humaine
Le visage de Dieu que nous découvrons avec Moïse est plein d’humanité. Lorsque Moïse gravit la montagne, le Seigneur descend dans la nuée. Cette descente de Dieu sur la terre pour demeurer au milieu de son peuple ne peut que nous enthousiasmer. Dieu n’est pas absent de nos misères, de nos souffrances, ni de la réalité de notre vie terrestre. Loin de nous regarder de haut, Il descend secrètement et révèle son nom dans l’intimité de nos cœurs. Comme un Père, Il déploie ses entrailles de miséricorde. Comme un frère, il soigne nos blessures.
Cette philanthropie de Dieu doit marquer notre solidarité humaine, notre style fraternel, notre manière de rejoindre nos frères et sœurs en humanité. Dieu est tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité : ces attributs de Dieu, déposés dans nos cœurs, doivent s’exprimer dans nos vies. Tendresse et miséricorde nous sont demandées pour vivre la compassion, pour poser notre cœur sur la misère du monde, pour adoucir la douleur de nos frères éprouvés par le deuil ou la maladie, pour pardonner à ceux qui nous ont offensés, pour attendrir le cœur de ceux qui sont révoltés.
De la communion trinitaire à la vie communautaire
Dans la finale de la deuxième lettre aux Corinthiens, que nous avons entendue en deuxième lecture, Paul énonce les marques de la Trinité dans la vie communautaire : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous ». La « grâce », « l’amour », la « communion », c’est le cœur de la Trinité, c’est le foyer d’amour qui peut transformer les familles et chacune de nos communautés. En écho à cette vie trinitaire, Paul évoque trois attributs de nos vies communautaires : la joie, la perfection et la paix.
La joie mentionnée par Paul n’est pas une simple gaieté, c’est la joie de l’Esprit. Littéralement, dans le langage de Paul, c’est la joie des retrouvailles au terme d’un pèlerinage, c’est la joie de demeurer un jour, pour toujours, au cœur de la Trinité. Cette joie est celle du Père qui nous espère, nous attend et demeure dans nos cœurs.
La perfection évoquée par Paul est une forme de plénitude en chemin et un appel à l’encouragement. Chacun sait combien nos vies familiales ou communautaires sont parfois frustrantes, imparfaites, insatisfaisantes. La perfection que vise Paul, ce n’est pas le « zéro défaut », mais bien plutôt l’entrée dans une initiation. Notre vie ici-bas est une initiation à la communion. Dieu se charge de la mener à sa perfection. Il s’agit d’apprendre à laisser Dieu agir dans nos relations, avec leurs limites et leurs pauvretés. C’est pourquoi il nous faut chercher en Dieu seul notre plénitude, en empruntant jour après jour le chemin vers le Père, à la suite du Christ, à l’école de l’Esprit.
Enfin, vivre en paix, selon Paul, ce n’est pas rechercher la tranquillité. C’est davantage apprendre à s’accorder avec les autres. La paix de Dieu n’estompe pas les aspérités, n’enlève pas les adversités, mais elle est capable de les traverser, de les intégrer. En famille ou en communauté, la paix nous est donnée lorsque nous choisissons de quitter nos divisions, de sortir des comparaisons pour envisager nos diversités comme des richesses à partager, des dons à faire circuler.
Ainsi, la Trinité peut informer chacune de nos communautés et, plus largement, toute notre société pour y déverser la joie, la plénitude et la paix qui viennent de Dieu.
De la fidélité de Dieu à la confiance mutuelle
L’évangéliste Jean nous rappelle enfin la grandeur de l’amour de Dieu. Dieu nous a tout donné. Il a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. Cette bonté de Dieu, cette fidélité sans mesure nous bousculent ; elles nous déplacent et nous proposent en retour d’apprendre à faire confiance.
« Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que par lui, le monde soit sauvé. » Ce regard de Dieu sur le monde peut transformer notre espérance et nous conduire à la confiance. Le monde que nous côtoyons, Dieu lui-même est venu le visiter pour le sauver. Le Père le regarde avec beaucoup de bonté, le Fils est venu l’habiter avec beaucoup d’humanité, l’Esprit vient l’animer avec beaucoup de charité. Forts de cette connaissance de Dieu, nous pouvons vivre avec confiance, nous pouvons espérer ce salut pour tous.
Faire confiance, c’est entrer dans cette fidélité de Dieu à l’égard du monde, c’est refuser de juger pour choisir de soigner les relations et rechercher la communion. Le non-jugement ne signifie pas démission ou absence d’esprit critique. Le non-jugement engage dans une communion pleine d’espérance : faire confiance en l’homme que Dieu aime fidèlement.
Très Haut Seigneur, Trinité bienheureuse, Que ta miséricorde informe notre tendresse, Que ta communion irrigue nos familles et nos communautés de ta joie et de ta paix, Que ta fidélité transforme notre confiance. Ainsi, tu seras tout en tous, nous serons ton peuple et tu seras notre Dieu.