La pastorale de Jésus
Homélie de fr. Charles  |
le 26 avril 2026  |
Texte de l'évangile : Jn 10, 1_10

Pour célébrer le dimanche du bon pasteur, la liturgie nous donne de contempler le style pastoral de Jésus. Il est ce bon Pasteur par excellence qui nous enseigne un style ecclésial basé sur la bonté. « Je suis le bon pasteur » nous dit Jésus. La pastorale n’est pas l’apanage des clercs ou des consacrés; elle concerne chaque baptisé car elle touche toutes les formes de relation ou d’accompagnement dans l’Église. Cette pastorale de la bonté est aussi une pastorale de la beauté : la beauté d’un coeur qui accueille, qui rencontre et qui se donne. La pastorale de Jésus est une pastorale du seuil, de l’écoute et d’engendrement.

Une pastorale du passage

Il est frappant de voir que le bon berger prend le temps de visiter son troupeau. Régulièrement, il se présente à la porte de l’enclos. Il le visite de jour comme de nuit et pour cela, il frappe à la porte, il prend la peine de se présenter alors même qu’il n’est pas un étranger. Cet enclos lui appartient et pourtant il n’entre pas de lui-même, il reste sur le seuil et il appelle les brebis une par une pour les faire sortir. Grâce à lui, elles vivent un passage, elles franchissent un seuil, elles découvrent les pâturages de la liberté. En les conduisant ainsi, ce berger se distingue des brigands et des mercenaires. Ces derniers escaladent souvent les murs de l’enclos, incapables qu’ils sont de passer par la porte. Impatients d’arracher et de posséder, ils entrent par effraction et de là, ils dispersent le troupeau. Incapable de faire paître les brebis, ils sèment le chaos.
Cet enclos frères et soeurs, c’est en quelque sorte l’image de notre coeur, c’est l’espace de notre intimité, le lieu de notre liberté. Dans ce lieu privé, une relation unique et personnelle s’établit entre le berger et les brebis, un apprivoisement patient s’opère avec le temps. En frappant à la porte de notre coeur, le bon berger vient soigner notre intériorité et nous fortifier par sa tendresse pour nous faire sortir de nous-même. De Pâques en Pâques, il nous fait franchir des seuils de maturité et nous propose une croissance en liberté intérieure. A partir de notre coeur, il nous conduit avec sagesse, prudence et patience. Mais il arrive parfois que notre enclos soit pillé par des mercenaires. Sans respecter notre liberté, ils prennent possession de notre coeur, ils troublent notre intériorité, ils sèment la peur. En faisant irruption dans notre intimité, ils nous rendent prisonniers de nous même ou de leur lâcheté. Dans ce chaos intérieur, il n’est plus possible de grandir, de s’épanouir, de franchir des seuils et de goûter la paix. C’est pourquoi Jésus vient nous visiter pour nous guérir et nous pacifier. Sa pastorale est une pastorale de l’intériorité et de la liberté. Elle se déploie par étapes, respecte nos seuils et nous conduit dans la paix.

Une pastorale de l’écoute

Le bon berger ne reste pas muet. Régulièrement il élève la voix, il transmet un message de vérité pour conduire ses brebis vers la liberté. Il sait que le propre des brebis, ce n’est pas la vision mais l’écoute. En effet, par nature, les brebis sont souvent myopes, elles discernent difficilement les contrastes ou les obstacles, elles peinent à voir les dénivelés ou les aspérités du chemin. Elles fonctionnent à l’ouïe en distinguant la voix du berger et en se laissant guider par les mouvements du troupeau.
C’est pourquoi le bon berger les appelle chacune par son nom. Il tisse avec chacune une relation personnelle, il prodigue une Parole de réconfort qui accompagne, une Parole qui fait grandir. C’est tout le contraire des faux bergers qui harcèlent le monde avec des discours bruyants et tapageurs au dehors. Certes ils ont l’art de la séduction, le mensonge à la bouche, ils bénissent mais au dedans, ils maudissent. La voix de ces menteurs ne résonne guère dans le cœur des brebis. Elle est même plutôt étrangère, dissonante, c’est pourquoi les brebis s’enfuient loin de ces mercenaires pour retrouver le silence de l’écoute.
Comme le rappelle régulièrement le pape Léon, dans une société où le bruit est omniprésent, nous devons réapprendre à écouter et pour cela créer des espaces de silence intérieur pour percevoir ce que le Seigneur a dans son cœur pour notre bonheur.
La pastorale de Jésus est une pastorale de l’écoute qui prend sa source dans le silence pour faire éclore en nous la vérité et la liberté.

Une pastorale d’engendrement

« Je suis venu pour que les brebis aient la vie et qu’elles l’aient en abondance. » nous dit Jésus. La pastorale de Jésus est une pastorale qui transmet la vie en plénitude. Cette « vie en abondance » n’est pas une vie sans épreuves, sans obstacles ou sans manque, mais une vie qui a trouvé sa source en Dieu et qui déborde. Elle s’oppose à la vie « volée » ou « égorgée » par le mercenaire. L’abondance n’a rien à voir avec les satisfactions matérielles ou les illusions de la société de consommation. La vie en abondance est plutôt une expérience de croissance et de fructification, quelle que soit sa vocation. Comme l’écrit le pape Léon pour la journée de prière pour les vocations, « la vocation n’est pas un objectif statique, mais un processus dynamique de maturation, favorisé par l’intimité avec le Seigneur. Rester avec Jésus, laisser agir l’Esprit Saint dans nos cœurs et dans les situations de la vie, et tout relire à la lumière du don reçu, tout cela signifie grandir dans la vocation. »
Ainsi Jésus vient-il nous engendrer à nous même selon son dessein divin. Par là, il nous rend heureux, il nous fait grandir en Lui, il nous fait participer de sa divinité.

Seigneur ressuscité, toi notre bon Berger,
viens nous faire passer de la mort à la vie,
viens nous parler et nous guider vers la liberté
viens nous engendrer et nous vivifier en vérité
Que ta présence nous guide et nous rassure pour goûter la joie du Royaume qui vient