Effata … ouvre-toi !
Homélie de fr. Jean-Christophe  |
le 8 septembre 2024  |
Texte de l'évangile : Mc 7, 31-37

On amène à Jésus un homme sourd-muet. Comme il l’a fait plusieurs fois, Jésus se met à l’écart pour guérir l’homme. En effet, Jésus ne guérit pas pour susciter l’admiration des foules. Guérir est pour lui l’occasion d’une rencontre interpersonnelle. L’homme n’est pas objet de guérison, mais sujet de dialogue et d’attention.

La description des gestes opérés par Jésus peut nous surprendre. Jusque-là, dans l’Evangile de Marc, Jésus agissait sobrement sans faire de gestes extraordinaires sinon prendre la main ou toucher le malade. Ici nous sommes dans un enchaînement de détails : doigts dans les oreilles, crachat, toucher de la langue, ordre mystérieux en araméen : Effata. Un guérisseur itinérant n’aurait pas fait mieux. Que signifie tout cela ?

D’une certaine façon, la parole seule ne suffit pas. Car Jésus s’adresse à un homme touché de surdité. Par ses gestes précis – tel un langage des signes – Jésus lui exprime de manière claire sa volonté de le guérir et surtout son implication personnelle jusque dans la compassion et le soupir, le gémissement. Ce faisant, il indique que ce n’est pas tant le guérisseur qui agit, que l’homme de Dieu qui dialogue avec lui, pour le sauver. Les gestes de Jésus n’évoquent-ils pas la figure du Seigneur s’impliquant de ses mains, tel un potier, dans sa création pour modeler Adam (Gn 2,7) ? Ce n’est pas aux oreilles et à la langue que Jésus s’adresse, mais à l’homme dans son intégrité et sa vocation de créature de Dieu : Effata, Ouvre-toi ! Désormais, le voilà délivré, capable d’entendre et de parler, être de relation, créature renouvelée et prête à s’ouvrir au Mystère et à en témoigner.

Les gens de la Décapole ont su interpréter ce miracle comme un acte du Créateur en reprenant les mots de la Genèse : Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon (Gn 1,31). À l’image de Dieu, Jésus fait, crée du neuf… Il accomplit pleinement la parole du prophète Isaïe, annonçant la venue du Seigneur lui-même :  Dites aux gens qui s’affolent : Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu […] Il vient lui-même et va vous sauver. Alors se dessilleront les yeux des aveugles et s’ouvriront les oreilles des sourds […] la bouche du muet criera de joie (Is 35,4-6). L’acclamation des témoins de ce miracle devient dès lors proclamation de foi.

La Décapole, terre païenne où se mèlent diverses divinités – pour ceux qui sont adeptes comme moi de la série The chosen voient très bien ce que cela signifie… – s’ouvre à l’Evangile. L’homme sourd et muet est le symbole de ces foules qui n’ont pas encore rencontré le Dieu unique et trois fois saint. Effata ! Ouvre-toi, dit Jésus. C’est-à-dire ouvre-toi non seulement à ma présence extérieure mais aussi à ma présence intérieure. Ouvre-toi à une adhésion de tout ton être à ma personne. Laisse-moi faire ma demeure en toi, laisse ma lumière divine chasser tes ténèbres intérieures.

Et nous, frères et sœurs, en ce temps de rentrée, Effata ! Ouvrons-nous ! Ouvrons-nous à la Parole de Dieu qui nous invite à l’écouter et à le suivre. Méditons chaque jour cette Parole de Vie qui nous transforme et nous guérit de l’intérieur. Elle nous invite même à parler. Car une fois que le Seigneur nous a ouvert l’oreille, il nous donne une langue de disciple, dit aussi le prophète Isaïe (50, 4-5). Nous pouvons alors semer la paix, la joie et l’espérance que Jésus nous donne en partage (Jn 15, 11).

Seigneur, tout mon désir est devant toi. Je veux être ton disciple. Fais que j’entende au matin ton amour et que tout au long du jour, ma bouche publie ta louange.

(inspiré de https://www.aularge.eu/)

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