La Croix, arbre de vie
Homélie de   |
le 14 septembre 2024  |
Texte de l'évangile : Jn 3, 13-17

Les quelques fois où il m’a été donné la joie de participer aux liturgies dans cette église Saint Jean de Strasbourg, j’ai toujours été frappé par la magnifique et très grande Croix derrière nous, comme descendue du Ciel et comme en ascension vers le Ciel, qui inscrit en nos vies la mort et la résurrection du Christ pour le salut du monde. Cette belle et paisible Croix appelle la gloire du Ciel. La Croix arbre de vie.

Nous vénérons la Croix le vendredi Saint et aujourd’hui, fête de l’exaltation de la Croix. Nous vénérons la Croix car elle est le signe que Jésus, le fils de Dieu, est mort pour nous montrer jusqu’où allait son amour, jusqu’à donner sa vie pour ceux qu’il aime, jusqu’à prendre sur lui, le péché et la mort. Nous pleurons nos péchés mais nous célébrons sa miséricorde. Le Christ a assumé notre humanité pécheresse et par son Don total d’amour, sur le bois de la Croix, il sauve le monde.

Aujourd’hui, quarante jours après la Transfiguration, l’Eglise fête la Croix glorieuse. La liturgie rend gloire au Père pour le don de la Croix et la liturgie byzantine célèbre la Croix, nouvel arbre de vie : “magnifie, ô mon âme, la très précieuse Croix du Seigneur, Mère de Dieu, tu es l’image du paradis, toi qui sans semailles ni labours as fait germer le Christ par qui la sainte Croix, le nouvel Arbre de vie, fut plantée sur la terre ; et au jour de son exaltation, nous prosternant devant le Christ, nous te magnifions” (mégalinaire).

C’est cette Croix glorieuse qui est vénérée sur les crucifix byzantins car l’écriteau ne porte pas l’inscription prescrite par Pilate : INRI Jésus de Nazareth roi des Juifs mais “Roi de Gloire”, selon la parole de Saint Paul : “vous avez crucifié le Roi de gloire” (1 Co 2,8). C’est bien le roi de gloire dans toute sa majesté qui est entouré des puissances célestes. La Croix n’est plus le symbole de la mort mais de « la vie éternelle » nous dit Saint Jean dans l’Evangile ce jour, la Croix n’est plus la mort mais la Gloire. Nous sommes proches des fresques des premières églises romaines qui représentent le Christ en croix avec la tunique du grand prêtre ou de la croix de cette église. Les bras en croix, comme ouvert sur le monde, le Christ nous appelle.

Dans son homélie pour la fête de la Croix glorieuse du 14 septembre 1993, le père Christian de Chergé dit : “la dignité de l’homme est d’être une croix, comme le constate Saint Bernard, car il a bien la forme d’une croix, il est cruciforme : “qu’il étende les mains, dit saint Bernard, et cela devient évident.” Là commence la gloire. Là commence la Croix glorieuse. Dès la création de l’homme à l’image de Dieu”.

La Croix est inscrite dans le cosmos et le Christ la manifeste. La croix est inscrite dans l’image de Dieu dans l’homme et la prière qui la révèle. Tout est signé par la Croix.

Le signe de la Croix est le premier signe dans le rituel du baptême. C’est le même signe qui est tracé sur le front avec le saint chrême lors du baptême et à la confirmation ; le chrétien marqué du signe de l’onction devient un autre Christ, c’est-à-dire un autre Oint. Enfin dans le sacrement de l’extrême onction, c’est tout le corps du chrétien qui est signé d’huile sainte pour signifier la mort et la résurrection du Christ dans laquelle il va entrer par sa propre mort. C’est aussi le signe que nous chrétiens traçons sur notre propre corps pour entrer dans la prière en disant “au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit”. La Croix arbre de vie.

Pour conclure, écoutons un extrait d’Hippolyte de Rome qui est comme écrit pour la croix derrière nous : “La Croix est l’arbre de mon salut éternel, je m’en nourris, je m’en délecte. En ses racines, je prends racine, en ses branches, je me déploie, sa rosée me réjouit, et son esprit, comme la caresse d’une brise, me féconde. A son ombre, j’ai dressé une tente et, loin de l’été brutal, j’ai trouvé ce refuge mouillé de rosée. Je fleuris de ses fleurs, je savoure ses fruits exquis, et je les cueille à pleine mains, puisque, dès le commencement, ils me sont destinés. Il est, en la faim, mon aliment, en la soif, ma source, mon vêtement, quand je suis nu, et ses feuilles sont mon esprit de vie et non plus feuilles de figuier ! Il est mon sentier étroit, mon chemin resserré. Il est l’échelle de Jacob, la voie des anges, et, à son faîte, le Seigneur s’appuie en vérité. Immense comme le firmament, mon arbre règne de la terre jusqu’aux cieux, et son tronc immortel se dresse entre le ciel et la terre ; il est le pilier de l’univers, l’appui de tout, la charpente de la terre, le noeud du monde qui retient tous les peuples d’hommes. Rivé par les joints invisibles de l’Esprit, il est scellé à Dieu, il ne s’en détache plus. Son front touche le haut du Ciel, ses racines empoignent la terre et, au milieu, ses bras de géant, battent les milles souffles de l’air. Il est tout, en tous et partout. (Hippolyte de Rome, le mystère de Pâques)

Les bras ouverts sur sa Croix glorieuse, le Christ Sauveur nous attend, nous appelle et nous accueille déjà en passant par nos croix pour aller vers Sa vie.

Rassemblés à la table eucharistique, chers frères et sœurs, rendons grâce pour la Croix, arbre de vie, qui nous fait de vivre toujours plus, à notre mesure, à la suite du Christ.

Rendons grâce chers frères et sœurs pour l’anniversaire de la fondation des fraternités monastiques de Jérusalem dans cette belle église St Jean de Strasbourg qui porte du fruit.

Rendons grâce chers frères et soeurs pour le message chrétien proclamé au monde entier pour la gloire de Dieu et le salut du monde dans une fraternité toujours plus grande qui appelle tout homme et toute femme de bonne volonté.

Amen, Alléluia +

diacre Julien Pradayrol

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