Le Christ est ressuscité, le crois-tu ?
Homélie de fr. Joseph  |
le 16 avril 2022  |
Texte de l'évangile : Lc 24, 1-12

Chers Pia, Eden et Zouhir, vous souvenez-vous de la première question qui vous a été posée lors de votre entrée en catéchuménat ? « Que demandez-vous au Seigneur ? » Et vous avez répondu : « La foi ».  La foi. Vous avez demandé la foi. Vous aviez compris que le don le plus précieux que l’on peut désirer, c’est la foi. Croire… La foi, ce n’est pas croire que Dieu existe. Les démons aussi le croient. La foi, c’est reconnaître Jésus vivant en nous, c’est accueillir Jésus vivant en nous. La foi, ce n’est pas une théorie sur Jésus : c’est Jésus qui est devenu vivant en nous, vivant entre nous.

Si nous sommes honnêtes, il faut bien admettre que l’accueil de cette réalité n’est pas évident. Si la foi était une évidence, l’humanité entière aurait la foi. J’ose même dire que le Christ n’aurait probablement pas eu besoin de s’incarner. À vous aussi, Pia, Zouhir et Eden, il vous a fallu du temps pour en prendre conscience, pour l’accueillir chaque jour plus réellement. Et c’est suite à cette maturation progressive que vous demandez ce soir à recevoir le baptême.

L’Evangile de ce soir nous dit lui aussi que cet accueil du Christ Vivant, ressuscité n’est pas évident. De fait, quand les femmes arrivent au tombeau pour embaumer le corps de Jésus et quand elles découvrent le tombeau vide, leur premier réflexe n’est pas de penser qu’il est vivant, qu’il est ressuscité. Saint Luc nous dit qu’elles étaient désemparées, ce qui est une manière de dire qu’elles ne comprennent pas. Elles ne savent pas quoi penser devant la disparition du corps de Jésus.

A cela s’ajoute une autre parole qui a de quoi les décontenancer. Souvent, nous passons un peu vite sur celle-ci. Mais il y a là quelque chose d’énorme. Les anges leur disent : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité. » Il n’est pas ici !!! Mesurons-nous la portée de cette phrase ? Non seulement le corps de Jésus n’est plus dans le tombeau, mais plus dramatiquement parlant : il n’est pas là !… Jésus n’est pas là…

Pourquoi ne faut-il pas passer trop vite sur cette affirmation ?  Précisément parce que Jésus attend de nous un véritable retournement dans notre manière de l’accueillir. Si Jésus était simplement là, au bord du tombeau, en train de discuter avec les saintes femmes, on se dirait : « La vie continue, comme avant ». Mais non, L’absence de Jésus au tombeau nous fait comprendre que la vie ne continue pas comme avant, que nous ne maîtrisons pas cette présence du Christ Ressuscité. Ici, nulle raison de désespérer, ni de nous décourager ou de croire que Dieu a fui le monde. Non, Il est tellement là qu’Il veut que ce soit nous maintenant qui acceptions sa présence en ce lieu où il nous précède.

Mais ce lieu n’est pas géographique, ce lieu, c’est notre cœur. Oui, Jésus veut que nous l’accueillions en nos cœurs, en nos âmes, en nos corps comme le Vivant, comme celui qui nous communique la Vie, qui nous communique ce que nous recherchons le plus ardemment : la Vie ! Je pense ici que tout directeur de communication sait combien il est difficile de faire passer un message, eh bien, Jésus ne cesse lui aussi de constater combien il nous est difficile de L’accueillir, de Le reconnaître vivant en nous.

Cette difficulté, les disciples l’ont eue eux aussi. Quand les femmes reviennent vers les Onze apôtres pour leur raconter ce qui est arrivé, ces derniers ne sont pas simplement perplexes, mais carrément incrédules : « Mais ces propos leur semblèrent délirants, et ils ne les croyaient pas. » Ils croient que ces femmes sont folles et qu’elles délirent. Plus encore, quand Pierre lui-même va au tombeau et verra tout comme avaient dit les femmes, il s’en retourne chez lui, « tout étonné de ce qui était arrivé. » Était-il convaincu ? En tout cas il ne se précipite pas pour communiquer sa découverte aux autres. Il faudra que le Christ lui-même lui apparaisse pour qu’il croie.

Chers frères et sœurs, chers Pia, Zouhir et Eden, ne passons pas trop vite sur cette première incrédulité devant la résurrection. La foi au Christ n’est jamais une solution facile et sans question, y compris pour ceux qui furent vraiment ses disciples et ses plus chers amis et donc pour chacun d’entre nous. Cette difficulté à croire n’est-elle pas, pour nous, une indication précieuse pour comprendre notre propre foi au Christ ?

Remarquons ici, que notre difficulté à témoigner de notre foi au Christ ressuscité, nous l’expliquons souvent par l’incapacité des autres à entendre ce témoignage comme quelque chose de sensé. Les autres ne peuvent pas croire que le Christ soit ressuscité : « voilà encore un illuminé, un délire de plus ! »… Faut-il risquer de susciter leur refus et leur incroyance ? Ne vaut-il pas mieux rester discret sur ce qui est proprement au-delà du raisonnable et du crédible ? Pia, Zouhir et Eden, vous savez vous aussi bien comment votre foi chrétienne est perçue par ceux qui vous entourent. Nous le savons tous pour peu que nous tentions, de temps à autre, à témoigner de notre foi.

Comment s’étonner alors que nous soyons tentés de contourner la difficulté, de nous en tenir à témoigner d’une croyance « raisonnable et possible à accepter », une croyance à taille humaine ? C’est ainsi que l’on peut vider insensiblement notre foi du seul contenu original qu’elle apporte aux hommes et qui puisse les intéresser : la victoire sur la mort.

Pour passer à ce niveau du témoignage, il nous faut annoncer Jésus-Christ mort et ressuscité et cette annonce, comme sa réception, n’est plus simplement affaire de générosité spontanée ou éduquée : elle est affaire de Dieu lui-même en son Esprit-Saint. C’est pourquoi les apôtres n’atteindront la plénitude de la foi qu’en recevant l’Esprit-Saint à la Pentecôte. Et c’est pourquoi ils ne deviendront vraiment témoins du Christ que par la puissance de cet Esprit.

Cela étant, nous devons aussi justifier notre foi devant notre intelligence et devenir capables d’en rendre compte devant tout esprit humain. C’est pourquoi nous avons entendu ce soir un résumé, même s’il vous a paru long, de toute l’histoire du salut. C’est un abrégé des principaux épisodes de l’action de Dieu dans l’histoire des hommes, depuis la création et l’alliance avec Abraham en passant par la libération de l’esclavage en Égypte et toutes les prophéties sur la vie que Dieu veut donner à son peuple : eau vive et nourritures grasses, sagesse et commandements pour la vie, etc.

Toute cette histoire de l’alliance entre Dieu et Israël, son Peuple élu, est comme une longue pédagogie pour faire comprendre à l’humanité le but ultime de l’action de Dieu, inscrite dès les origines : il veut la vie de l’homme et il veut lui donner les moyens de cette vie. Et ce projet est accompli dans la victoire du Christ sur la mort.

Chers Pia, Zouhir et Eden, vous qui allez devenir de nouveaux chrétiens, vous allez recevoir ce soir cette force de l’Esprit du Christ. Je ne peux pas vous promettre que tout ira mieux pour vous, que vous ne rencontrerez pas des difficultés et des épreuves. Je vous mentirais en vous cachant ce que le Christ a promis à ses disciples : « les familles seront déchirées, le frère livrera son frère, vous serez traduits devant les tribunaux, etc. Le serviteur n’est pas au-dessus de son maître, ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront. » Ce que je peux vous promettre, -et ce dont témoigne la vie des chrétiens à travers les lieux et les temps de l’histoire-, c’est que dans ces épreuves imprévisibles vous ne serez jamais seuls. Le Christ ressuscité est avec vous pour toujours jusqu’à la fin des temps.

Et nous, tous ensemble, laissons le Christ triompher en nous et entre nous. Et nous donnerons au monde le goût de la Vie éternelle.

Chers Pia, Zouhir et Eden, vous vous souvenez de la deuxième question de votre entrée en catéchuménat : « Et que vous apporte la foi ? » Vous avez répondu : « la Vie éternelle » ! Que peut-il y avoir de plus beau ?

(homélie inspirée de Daniel Bourgeois, Cardinal Vingt-Trois, fr Antoine-Emmanuel)

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