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Marie, terre de la Promesse
Homélie de fr. Jean-Christophe  |
le 1 janvier 2021  |
Texte de l'évangile : Lc 2,16-21

L’humanité de Marie est une terre assoiffée.
Comme un cerf altéré qui désire l’eau vive,
ainsi est l’être profond de Marie.
Marie, qui est une créature comme nous, a soif
de la rencontre avec son Créateur.
La maternité divine de Marie
que nous célébrons en ce jour
est la réponse de Dieu à la soif de Marie.
Dieu rejoint sa chair humaine
et l’Enfant-Jésus, pleinement Dieu
et pleinement homme, prend corps en elle.
Marie devient Mère de Dieu.
Frères et sœurs, entrons dans ce mystère
de la maternité divine de Marie
et nous découvrirons comment devenir à notre tour
«mères du Christ». (Lc 8,21)

Tout d’abord, Marie devient mère
en se rendant disponible à l’Esprit.
Depuis la chute d’Adam, l’Esprit de Dieu
n’a jamais pu pénétrer le cœur de l’homme.
Certes il a parlé par les prophètes (credo),
mais l’homme est resté
comme imperméable à l’œuvre de l’Esprit.
A l’Annonciation, Dieu prend l’initiative
de franchir la barrière de notre nature humaine
et laisse son Esprit rejoindre la chair de Marie.
Marie vit l’expérience de la Pentecôte en avant-première.
Comme elle a été préservée du péché,
plus rien, en elle, ne la sépare de Dieu.
Marie devient mère
en même temps qu’elle se laisse
rejoindre par Dieu lui-même.
Elle est ce nouveau Buisson ardent,
que vit Moïse sur le Sinaï,
et qui brûle au feu de l’Esprit sans se consumer.
Cette expérience d’ouverture à l’Esprit
est une recréation, une anticipation
du monde nouveau de la Résurrection,
au point que virginité et maternité peuvent faire alliance.
L’inconciliable est dépassé.
La maternité de Marie
est prophétie de la victoire de Jésus sur la mort
et de l’avènement d’une création nouvelle et éternelle.
Être mère du Christ aujourd’hui,
à la suite de Marie,
c’est laisser l’Esprit demeurer en nous
et guider nos pas afin que ce ne soit plus nous qui vivions
mais le Christ en nous. (Ga 2,20)

Une autre dimension de la maternité de Marie
est dans son ouverture à la Parole de Dieu.
En Marie, la Parole prend corps,
elle prend forme et informe tout son être.
La parole créatrice, qui a façonné l’univers
et tout ce qui vit et respire,
transforme de l’intérieur la personne de Marie.
Durant les neuf mois d’enfantement,
Marie a veillé sur l’enfant qui grandissait en elle,
mais elle a appris aussi à demeurer dans la Parole.
On peut dire que Marie a engendré
le Verbe éternel de Dieu dans sa chair
_ c’est l’œuvre de l’Esprit _,
mais aussi dans son âme
_ c’est l’œuvre de la Parole _.
Ainsi la maternité de Marie
n’est pas seulement charnelle,
elle est plus encore spirituelle.
La Parole de Dieu agit dans l’âme de Marie
pour en faire une âme de mère de Dieu.
«A quoi me sert-il que le Christ
soit né une fois de Marie à Bethléem,
s’il ne naît pas aussi par la foi dans mon âme ?» dit Origène.
Jésus soulignera la beauté de cette maternité spirituelle
à celles qui lui diront :
«Heureuse la femme qui t’a allaité»,
en leur répondant : «Heureux plutôt
ceux qui écoutent ma Parole et qui la gardent» (Lc 11,27-28).
Être mère du Christ aujourd’hui,
à la suite de Marie
qui gardait et méditait toute chose dans son cœur (Lc 2,19),
c’est être disciple de la Parole de Dieu
en la mettant en pratique
et en témoignant au monde de la Bonne Nouvelle
de Jésus-Christ.

Enfin, la maternité de Marie se réalise
par l’ouverture de son cœur à l’amour.
On a l’habitude de dire
qu’un fils ressemble à sa mère.
Dans le cas présent, nous pouvons dire
que la mère ressemble à son fils.
Marie enfante le Dieu-Amour
et elle-même aime sans réserve.
Rien ne retient l’amour en elle.
L’amour donne à Marie de voir grand et loin.
Comme le dit Saint-Augustin,
avant de concevoir dans son corps,
Marie a conçu le Christ dans son cœur.
Son amour est l’expression de son espérance
pour Celui qui sera le pasteur d’Israël.
Comme le dit magnifiquement la théologienne
protestante France Quéré,
«Aimer, ce n’est pas seulement sentir,
mais aussi pressentir, fonder une espérance,
voir ou poser des signes.
Car l’acuité du regard est elle-même
créatrice de ce qu’elle regarde.
Qui deviendra beau si quelqu’un
avant lui n’a rêvé de beauté ?
Qui sera grand si nul n’a formé
le dessein de sa grandeur ?
L’amour maternel est une œuvre de conviction,
une élaboration de l’esprit, une prophétie».
(France Quéré, Marie, Paris, DDB, 1997, p 169)
Être mère du Christ aujourd’hui,
c’est répondre amour pour amour,
c’est être prophète pour nos frères les hommes
de l’amour fou de Dieu qui les précède.

Marie, toi qui t’es rendue toute disponible
à l’œuvre de l’Esprit, de la Parole et de l’amour,
apprends-nous le secret de ta maternité.
Fais de nous tes fils
et donne-nous de répondre à l’appel du Christ
qui désire que nous engendrions aujourd’hui
de nouveaux membres
à son Corps qui est l’Eglise.

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