Qui es-tu, Sainte Trinité ?
Homélie de fr. Grégoire  |
le 26 mai 2024  |
Texte de l'évangile : Mt 28, 16-20

Qui donc est Dieu ?
C’est la question à laquelle la fête de ce jour veut répondre.

Dans la première lecture, Moïse dit : Interroge donc les temps anciens qui t’ont précédé.
Pour répondre à notre question, je vous propose donc aujourd’hui d’interroger les temps anciens,
de faire d’abord mémoire de l’histoire du peuple d’Israël, puis de celle des premiers chrétiens.

C’est d’ailleurs la pédagogie des textes de cette messe,
avec, en première lecture, la parole de Moïse dans le Deutéronome,
puis celle de Jésus, dans l’évangile,
et enfin celle de Paul et des premières communautés, dans la deuxième lecture.

Qui donc est Dieu ?
L’histoire avec Dieu a commencée avec les hébreux : ces gens ne comptaient pour rien,
c’étaient les émigrés de leur époque, ils n’étaient même pas un peuple.
Et Dieu les a sauvé de l’Égypte, qui était alors la puissance dominante.
Dieu s’est révélé comme celui qui sauve ; qui voit et qui prend soin des faibles et des petits.

Dieu est donc d’abord le « Dieu sauveur ». C’est ce que déclare Moïse en disant :
Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d’une autre,
à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats,
à main forte et à bras étendu ?

Autre trait de ce Dieu sauveur : Il se révèle par sa parole. Il est un Dieu qui parle.
Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu du feu ?
Dieu parle à son peuple, il entre en relation, il se fait connaître.

L’étape de révélation suivante se fera progressivement.
À l’époque, chaque nation a son dieu. A chaque peuple son dieu protecteur.

L’épreuve de l’Exil va ouvrir une nouvelle question à Israël :
nous avons été écrasés et déportés par nos ennemis,
alors est-ce parce que Dieu ne peut plus sauver ?
Notre Dieu n’est-il pas le grand Dieu, le Dieu tout-puissant ? Nous a-t-il laissé tombé ?

Peu à peu, Israël va comprendre que ce Dieu qui les avait sauvé ne s’est pas éloigné.
Mais il n’est pas un dieu qui supplée aux incohérences des hommes.
Il fait alliance, et pour cela, il attend une réponse des hommes, il a besoin d’un engagement libre.

Qui plus est, il n’y a pas le dieu de Canaan, le dieu des Assyriens,
celui de Babylone ou encore celui des Perses.
Il n’y a pas non plus le dieu du ciel ou celui des puissances terrestres.
Sache donc aujourd’hui, dit Moïse, et médite cela en ton cœur :
c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ;
il n’y en a pas d’autre. Dieu est l’unique Seigneur.

Les prophètes le diront et le martèleront : il n’y a qu’un seul Dieu.
Un Dieu unique, donc un même Dieu qui étend son domaine sur toute la terre et sur tous les hommes.

Au contact des divinité babyloniennes puis perses,
les déportés prendront conscience que Dieu est aussi Créateur.
Les perses adoraient un dieu lumière. Israël comprend que c’est le Seigneur Dieu, l’Unique,
qui a créé la lumière, tout comme il a créé et le ciel et la terre.

C’est Dieu qui crée, c’est Lui qui donne aux hommes ce qui est bon pour eux,
c’est Lui qui pourvoit, Lui qui pardonne et qui relève.
Il n’est pas seulement tout-puissant, il est aussi toute miséricorde et plein de tendresse ;
comme un père pour ses fils, comme une mère pour son petit.

Le visage de Dieu se dessine peu à peu :
Il sauve, il prend soin des petits et des oubliés, il envoie sa Parole, il écoute, il donne,
il aime tendrement… Et il est Un.

Jésus va confirmer ces traits du visage de Dieu.
Ce Dieu, il va l’appeler son Père.
Un Père dont il reçoit tout, un Père avec lequel il est profondément uni par l’amour.

Mais cette relation avec son Père est tellement forte qu’il pourra dire :
le Père et moi nous sommes un ;
ou encore : Je suis dans le Père et le Père est en moi.

Jésus ne s’identifie pas à son Père, et pourtant il fait Un avec lui.
Cette unité est la marque de leur relation.
Et les disciples comprennent progressivement que Jésus, en les appelant à sa suite,
les fait participer au même type de relation qu’il partage avec son Père.

Au moment de retourner vers son Père, Jésus déclare :
Si vous m’aimez, vous demeurerez dans mon amour.
Moi je prierai le Père, et il vous enverra l’Esprit-Saint qui restera avec vous pour toujours.
(cf. Jn 14,15) L’Esprit Saint, c’est Celui qui permet de demeurer en Jésus, même après son Ascension.

Dans l’évangile, Jésus affirme aujourd’hui :
Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.
L’Esprit-Saint, c’est Celui qui unit le Père et le Fils.
Désormais, c’est aussi Celui qui unit Jésus à ses disciples.

Dieu est donc Un. Il est l’unique.
Et pour autant, en Dieu, il y a une circulation d’amour :
l’amour du Père pour le Fils, l’amour du Fils pour le Père, dans l’Esprit Saint.
S’il est Un, il n’est donc pas pour autant univoque.
En son sein, le Dieu unique est communion du Père et du Fils dans l’Esprit.
Son amour n’est pas seulement dans sa manière d’être en relation avec nous.
Il est lui-même relation. Il est lui-même l’amour et la communion.

Dans la deuxième lecture, Paul montre quelle en est la conséquence pour ceux qui croient en Jésus.
Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu.
Jésus est le Fils unique. Mais ceux qui croient en Jésus sont intégrés en sa filialité :
ils deviennent fils de Dieu.
Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ;
et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père !

Ce qu’est Dieu en lui-même, nous sommes donc appelés à le vivre aussi entre nous,
à devenir Un tous ensemble, sans pour autant nous fondre dans une fausse indifférenciation.
Un les uns avec les autres, pour former un seul corps,
tout en étant riche de la personnalité de chacun, de ses talents, de sa beauté
et de sa créativité personnelle.

La Bible n’emploie pas le mot Trinité.
Ce mot sera inventé plus tard pour rendre compte de ce mystère de l’unité de Dieu
dans la réalité différenciée du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Au 4ème siècle, on déclarera ainsi que chacune des personnes divines,
tout en étant distinctes (3 personnes), ont même nature ou plutôt même substance.
C’est pourquoi elles possèdent égale gloire et majesté, elles reçoivent même adoration.

La foi trinitaire n’est pas un concept !
Elle est progressive révélation de Dieu lui-même
qui s’est donné à connaître peu à peu par ceux qui l’aiment.

Le signe de ce qu’est Dieu, et notre manière la plus sûre de témoigner de ce qu’il est en vérité,
c’est de vivre pleinement le commandement que Jésus nous a laissé :
Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé.
C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres
que l’on vous reconnaîtra comme mes disciples.

C’est l’amour vécu au nom de Jésus et en Jésus qui demeure la meilleure explication de la Trinité.
En étant pleinement soi-même
tout en étant unis avec les frères et sœurs par la charité et le service mutuel,
nous formons la communauté chrétienne, c’est-à-dire l’Église.

L’amour qui unit les chrétiens s’appelle la fraternité.
Notre qualité fraternelle est le témoignage qui rend compte de qui est Dieu au milieu de nous.

Dieu est Un dans la communion des personnes.
Là où est la charité, Dieu est présent.
Ainsi, à la question : qui est Dieu, saint Jean répond : Dieu est amour.
Celui qui aime est né de Dieu, il connaît Dieu.

C’est cela, la Trinité !