L’Avent nous donne d’entendre aujourd’hui une voix puissante, une voix rude, presque dérangeante : celle de Jean le Baptiste, ce prophète au vêtement de poils de chameau, nourri de miel sauvage et de sauterelles. Rien d’attirant ni de confortable dans cette figure du désert.
Et pourtant, tout Jérusalem, la Judée et les gens des environs du Jourdain accourent vers lui. Quel est le secret de cet engouement ? C’est que sa parole touche juste. Elle vient réveiller, éclairer, démasquer nos illusions. Sa parole n’appelle pas à de petites réformes superficielles, elle suggère une révolution des cœurs, une disposition intérieure que l’on nomme la conversion.
Comment nous convertir à l’école de Jean-Baptiste en cet Avent ?
1. La Conversion est une expérience de Dieu
Le message de Jean dans le désert de Judée est d’une simplicité et d’une urgence radicale : « Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche. »
La conversion, dans la Bible, n’est pas d’abord un effort moral ardu ni une simple liste d’obligations à remplir. Elle est un retournement complet de l’âme (metanoia), un changement de mentalité, une sorte d’aimantation vers Dieu. Jean n’évoque pas seulement des ajustements de conduite ; il exhorte à changer de perspective, à réorienter l’intégralité de notre vie.
Une telle transformation ne se fait pas à la seule force du poignet ; elle est nécessairement le fruit d’une expérience de Dieu. Lorsque nous éprouvons la proximité de Dieu et de son Royaume, nous faisons l’expérience de la tendresse de son cœur. Sa miséricorde nous presse de revenir à Lui parce que nous avons un besoin vital d’être aimés et d’aimer en retour. La conversion est donc avant tout un mouvement d’amour, une révolution qui s’opère par aimantation.
Lorsque le Baptiste nous rappelle que le Royaume est proche, le message n’est pas : « Approchez-vous de Dieu », mais bien plutôt : « Dieu s’approche de vous… laissez-le entrer, laissez-vous aimer, laissez-vous transformer. »
Or, nous sommes souvent des gens bien occupés. Nous travaillons, nous prenons du bon temps, nous mangeons, nous buvons. Tout cela est légitime. Mais fondamentalement, où va notre vie ? Sommes-nous préparés à la venue du Christ ? Sommes-nous disposés à nous laisser aimer par Celui qui vient ?
Se convertir à l’école de Jean-Baptiste, c’est donc changer de mentalité, c’est réviser notre manière de penser, c’est nous laisser aimanter par l’amour infini du cœur de notre Dieu.
2. La Conversion est aussi un labeur humain
Pour nous rendre disponibles à la venue du Seigneur, il faut désencombrer notre cœur, il faut le rendre accessible. C’est pourquoi Jean, dans sa prédication, se fait l’écho du prophète Isaïe : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. »
Se convertir, c’est préparer activement notre rencontre avec Dieu, c’est cheminer vers ce face-à-face, vers notre naissance au Ciel. Or, les obstacles à cette rencontre ne sont pas dans le monde ; ils sont dans nos cœurs. Jean-Baptiste les décrit avec les images fortes du paysage du désert :
- Il y a les ravins de nos manques et de nos peurs, que nous pouvons combler avec la confiance et la prière persévérante.
- Il y a aussi les montagnes de notre orgueil et de nos fausses certitudes, que nous pouvons abaisser par la simplicité, l’humilité et la reconnaissance de notre fragilité.
- Il y a enfin les sentiers tortueux de nos mensonges, de nos compromis et de nos hypocrisies, que nous pouvons redresser par la recherche de vérité et d’intégrité.
Se convertir, c’est préparer la route pour le Seigneur, c’est rendre notre cœur accessible en le débarrassant de tout ce qui, dans notre vie, empêche le Christ d’entrer et d’agir avec plénitude.
3. La Conversion est un chemin de vie
Au-delà de la rudesse des avertissements et de l’ascèse du renoncement, la conversion est avant tout une expérience de guérison et de salut qui donne la vie et qui porte du fruit. C’est pour nous sortir de l’emprise du péché que Jean-Baptiste n’hésite pas à dénoncer le mal avec véhémence : “Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de repentir !”
La sentence peut sembler raide, mais elle est profondément purifiante et vivifiante. En réalité, Jean-Baptiste met des mots sur ce qui nous oppresse. Il libère les cœurs des certitudes mensongères et mortifères. Sa parole vise à donner la vie, à proposer le salut de Dieu, la santé de l’âme et la paix du cœur. Ainsi, il prépare la venue du Sauveur, il fait croître l’espérance.
Se convertir, c’est nommer le péché pour ne pas se laisser enfermer, emprisonner et empoisonner par lui. Se convertir, c’est aussi cultiver la vie de Dieu qui renaît en nous. Cette vie ressemble à ce rameau qui sort de la souche de Jessé dont parle le prophète Isaïe. En veillant sur lui, en le cultivant patiemment, nous découvrirons les fruits du repentir que sont la paix, la joie du pardon, la consolation de l’Esprit dans nos pauvretés et la béatitude au milieu des tribulations.
C’est ainsi que nous grandirons dans cette connaissance du Seigneur qui comble le cœur de ceux qui le cherchent. C’est pourquoi la conversion est un chemin de vie et non un chemin de mort.
En ce temps de l’Avent, nous pouvons reprendre cette prière de conversion du psalmiste : Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. Ne me rejette pas loin de ta face, ne m’enlève pas ton esprit saint. Rends-moi la joie de ton salut, soutiens-moi par un esprit généreux.