Le Seigneur vient...
Homélie de fr. Grégoire  |
le 29 novembre 2025  |
Texte de l'évangile : Mt 24, 37-44

Les trois lectures que nous venons d’entendre nous projettent dans l’avenir
(ce sera d’ailleurs le cas durant tout le temps de l’Avent).

Le prophète Isaïe déclare : Il arrivera dans les derniers jours…
E il voit converger tous les peuples vers Jérusalem,
une Jérusalem d’où sort la Parole vivante du Seigneur qui vient juger les peuples,
leur apporter la paix et la lumière.

Saint Paul voit la venue du salut définitif : la fin de la nuit arrive, et le jour qui se lève.
Il invite à vivre dès à présent comme si l’aurore avait déjà pointée.

Il termine en explicitant sa métaphore : Revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ.
Le voilà, le jour véritable : la venue du Christ qui doit tout illuminer,
si bien que sa lumière est l’arme qui permet de combattre les ténèbres.

Dans l’évangile, enfin, Jésus évoque la venue du Fils de l’homme
en demandant à tous de veiller afin de ne pas être pris au dépourvu.

Le Fils de l’homme, figure repise du prophète Daniel, c’est Jésus, bien sûr.

Jésus est en train de dire qu’il va venir.
Il ne parle donc pas seulement de sa naissance, mais bien d’un retour après son ascension.
Ce retour se fera à l’improviste, et beaucoup seront surpris comme les gens au temps du déluge.

L’avenir dont il s’agit est donc imprévisible quant au moment de sa réalisation ;
mais il est très clair quant à son contenu : il s’agit du retour de Jésus.
Jésus reviendra à l’heure où nous n’y penserons pas.

Alors comment se tenir prêt ?
Quand il viendra, comment reconnaître celui qui est déjà là
et pourtant dont le retour va nous surprendre ?

Le temps liturgique de l’Avent est là pour nous entraîner et nous préparer à ce retour impromptu,
en répondant à l’injonction du Seigneur : Veillez !

Pour le chrétien, veiller comporte donc une double dimension :
rester vigilant, et être en mesure de reconnaître Jésus quand il viendra.
Ce sont les deux axes de l’Avent.
La vigilance est l’attitude du guetteur ou de la vigie.
On ne peut pas veiller longtemps sans rien faire.
Pour veiller, il faut rester actif.
Veiller n’est donc pas attendre, mais chercher.

Chercher le Seigneur qui vient, et qui est déjà là.
Le chercher dans notre vie telle qu’elle est, dans notre ville, dans notre cœur.

Chercher les traces du passage de Jésus dans notre vie,
c’est scruter ce monde avec son cœur ouvert, en actionnant son détecteur de l’amour divin.
Là où je vois les traces de l’Amour de Jésus, sans doute est-il déjà là.

Ces signes de son passage débordent largement l’Église visible :
je les trouve au milieu d’un collègue de travail, chez une personne chercheuse de sens,
dans la bienveillance d’un interlocuteur, auprès d’une personne de la rue…

Je cherche aussi dans la prière.
Sans ce recul de la prière, comment voir avec le cœur ?
Sans le silence intérieur, comment pourrait-on écouter Dieu ?
Sans accepter une part de solitude que l’on consacre à la recherche de Dieu,
comment laisser résonner Celui qui veut me rencontrer cœur à Cœur ?

Au fond, pour chercher à voir l’aurore de l’événement du Christ,
dans la mesure où il dit et redit que son retour sera surprenant,
je dois aussi me laisser déplacer et convertir.

Reconnaître que je suis pécheur, que mon cœur est dur et rigide,
qu’il ne voit que ce qu’il veut voir,
voilà qui doit nécessairement caractériser cette attitude du veilleur.

Pour cela, nous disposons du sacrement de réconciliation ;
mais aussi de l’invitation à l’examen de conscience quotidien :
il m’aide à repérer toutes mes raideurs et à supplier le Christ et l’Esprit de les assouplir ;
il aide mon cœur à voir son péché et à sortir de ses aveuglements.

Le veilleur est donc un chercheur de Dieu
qui désire être sans cesse transformé et converti par le Christ.

En plus de la vigilance, nous disions qu’il nous faudrait être en capacité de reconnaître Celui qui vient.
Il vient, et pourtant il est déjà là.
Il nous a même dit qu’il était là jusqu’à la fin des temps.
Et il a précisé les lieux privilégiés de sa demeure.

Il demeure tout spécialement dans les tout-petits qui sont ses frères.
Dans les pauvres, les humbles, les exclus.

Rencontrer les pauvres en se faisant pauvre soi-même,
c’est apprendre à reconnaître le Christ qui vient.
A n’en pas douter, quand il viendra, il ne se fera pas reconnaître sous l’apparence des puissants,
mais bien comme il est venu la première fois, par la porte des tout-petits.

Un autre lieu où il ne cesse de demeurer, c’est dans l’expérience de la charité,
du don gratuit à offrir ou à recevoir.
En partant de ce monde, en effet, il ne laisse plus aux disciples qu’un seul commandement :
aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé.

Et il ajoute : c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres
que l’on vous reconnaîtra pour mes disciples.

S’il est bien un lieu où on peut apprendre à reconnaître le Seigneur qui vient,
c’est donc bien dans l’exercice de l’amour gratuit.
Pour le reconnaître, il nous faut être des familiers de la charité à 360°.

Enfin, pour reconnaître le Seigneur,
les croyants de tous les temps n’ont cessé de scruter les Écritures.
La Parole de Dieu donne la forme reconnaissable du Dieu qui vient.
Ce critère de la Parole a toujours été le premier référentiel de discernement de l’Église.

Nous avons besoin de fréquenter les Écritures, de connaître l’évangile,
de reprendre sans cesse les psaumes, les prophètes, et tous les écrits bibliques,
jusqu’à être capable de faire les connexions devant une situation nouvelle.

Scruter les Écritures,
vivre la charité,
se faire pauvre pour rencontrer les pauvres,
prier sans se lasser,
chercher Dieu partout,
et ne cesser de se convertir.
C’est là l’idéal du moine.

Fondamentalement, le moine et la moniale sont des veilleurs,
ils choisissent de faire de leur existence un Avent, jusqu’au retour du Christ.

Frères et sœurs, sans être moine ou moniale par votre état de vie,
vous êtes tous appelés à vivre une part de cet idéal, là où vous êtes.

Le temps de l’Avent est le moment favorable
pour affermir sa vocation baptismale de veilleur dans le monde.

Dans les temps troublés que nous vivons, c’est encore plus nécessaire.
Il y va de notre équilibre de croyant,
afin de ne pas subir les bouleversements extérieurs,
mais les traverser à la rencontre de notre Seigneur qui vient épouser son Église.