L'annonce faite à Joseph
Homélie de fr. Benedikt  |
le 21 décembre 2025  |
Texte de l'évangile : Mt 1, 18-24

À Nazareth il y a un puits, auprès duquel, selon une tradition, l’ange avait visité Marie, pendant qu’elle y puisait de l’eau. Un peu plus bas dans le village il y a la maison de Joseph, et plus bas à côté, sur le flanc de la coline, se trouve la maison de Marie. L’annonciation à Marie s’est déroulée pendant la journée. L’annonce faite à Joseph pendant la nuit. Joseph, comme beaucoup d’hommes, n’aimait probablement pas être dérangé pendant ses affaires, alors l’ange n’avait pas le choix. Tout au long de l’Avent nous avons entendu cette invitation pressante à veiller. Joseph dort et pourtant, il n’a pas raté la venue du Seigneur. Comme le dit psaume 126 : En vain tu devances le jour, en vain tu retardes ton repos, tu manges un pain dure et Dieu comble son bien-aimé quand il dort.

Il y a beaucoup de rêves, mais il y a seulement quelques songes, liés au discernement de la volonté de Dieu. Alors qu’il n’est pas recommandé et même très dangereux d’obéir aux rêves, il faut au contraire prendre en compte ces profondes intuitions qui nous viennent à l’esprit quand nous nous reposons. Et on peut se reposer dans le Seigneur, c’est-à-dire, prendre le temps pour prier, pour être dans le silence, pour s’immobiliser, comme si on dormait, afin de voir, accepter, ou choisir quelque chose qui nous conduit à l’amour encore plus parfait de Dieu et de son bienveillant dessin avec nous. Dieu nous appelle non pas par nos rêves, mais par ces institutions profondes, liées à notre recherche de la justice. 

L’annonce faite à Joseph fait partie de ce discernement. Il faut en effet chasser de notre vie les rêveries stériles et trouver en même temps les temps de repos qui nous rendent plus vulnérables à la brise légère de la présence de Dieu.

Il ne faut pas s’imaginer que pour Joseph c’était nécessairement un rêve inquiétant, presque un cauchemar nocturne, qui le pousserait à prendre une décision brusque. Son inquiétude et son questionnement, et on le voit dans le texte, a duré déjà un bon moment : Comme il avait formé son projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe. Son projet a pris forme avec le temps, car le discernement de la volonté de Dieu n’est pas l’affaire d’une nuit, même si un moment précis peut être décisif pour se décider en paix. Justement, la paix du cœur doit être décisive ! Les choses vraiment importantes ne doivent pas être décidées à la hâte ! Peut-être parce que Joseph serait incapable de discerner avec justesse si l’ange serait venus au milieu de son travail, Dieu l’attandait dans son repos. Si l’ange survenait sur un chantier, il faudrait que Joseph lui réponde : attends un peu, je suis maintenant trop dans mon truc, je pourrais me tromper, ou dire quelque chose que je pourrais regretter plus tard. Je ne suis pas bien disposé !

Mais il y a encore une autre chose. L’ange suggère à Joseph que sa décision de répudier Marie, était peut-être motivée par la peur. Il avait encore peur de quelque chose. Joseph avait appris que Marie a conçu de l’Esprit Saint et pourtant les craintes, probablement légitimes, restent en lui. Il connaissait la prophétie “voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils” et pourtant il hésitait. Craignait-il des rumeurs ? Avait-il peur de ne pas être à la hauteur du mystère ? En tout cas, en lui apportant une parole de réconfort, en lui rappelant le dessin de Dieu, en lui redonnant le contexte oublié de la promesse, l’ange peut dire : Joseph, fils de David, ne craint pas de prendre chez toi Marie, ton épouse… Par ce songe Dieu n’a pas enlevé à Joseph la liberté de décision, au contraire, il l’a lui rendu ! N’ai pas peur ! Souviens toi que Dieu ne t’oublie pas, fils de David, il n’oublie pas son peuple ! L’heure de la promesse est venue !

Dans notre vie aussi on se trompe parfois. Nous avons peut-être pris des décisions non seulement irréfléchies, sous pression, parfois contraires à la loi de Dieu, parfois contraires à notre intuition profonde et le désir de servir Dieu. Mais Dieu a de la compassion avec ceux qui souffrent par ce manque de liberté. Alors que nous n’avions pas la vraie paix pour se bien décider, par sa miséricorde il peut nous la donner maintenant ! Même si nous ne pouvons pas retourner en arrière, recommencer à zéro, la miséricorde du Seigneur nous redonne le courage d’affronter le prévisible, aussi bien que l’imprévisible.

Le temps de l’Avent, chers frères et sœurs, était un temps de discernement des signes et des paroles prophétiques. La question était : quand et comment Dieu va sauver son peuple ? Que faire pour que cela arrive au plus vite ? Comment disposer son cœur pour ne pas rater sa venue tout proche ? Il nous reste encore quelques heures que nous pouvons remplir soit exclusivement par le brouhaha de l’agitation pré festive, soit nous y insérons des moments de repos contemplatifs … avec ces songes salutaires où Dieu nous parle, où il fortifie notre liberté et nous fait le don de la paix. 

Alors Joseph a pris chez lui son épouse. Il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit et il donna le nom de Jésus à l’enfant qui est né neuf mois plus tard. Son nom est Jésus – et on l’appelle Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous.