Les trois lectures de cette veillée nous proposent de découvrir la grâce propre de Noël c’est-à-dire comment Dieu s’incarne dans notre vie concrète. En cette nuit, le Seigneur vient pacifier, édifier et sauver
Pacifier en clarifiant
La prophétie d’Isaïe que nous avons entendu en première lecture compare la Paix de Dieu à une clarté naissante. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. » C’est ainsi que dans la nuit de la nativité, l’astre du matin s’est levé pour guider nos pas aux chemins de la paix.
Dans cette prophétie, le « pays de l’ombre », c’est le territoire de Zabulon et le pays de Nephtali, une région régulièrement dévastée, frappée par les invasions étrangères. C’était une zone instable, marquée par la violence, la confusion et la tristesse.
Comme l’aurore d’un jour nouveau qui clarifie le regard, Dieu fait advenir la paix dans nos cœurs. Il fait lever la concorde et le repos dans nos conflits et nos fatigues. Dans ces lieux dévastés par le péché, dans ces zones assombries par nos misères, le Seigneur vient clarifier ce qui est confus, il vient simplifier ce qui est embrouillé, il vient pacifier ce qui est agité, chahuté, angoissé.
Dieu agit ainsi dans nos difficultés; il introduit la lumière de sa vérité dans les fentes de nos cœurs brisés pour y semer la sérénité et le repos du cœur.
Edifier par la charité
Paul dans sa lettre à Tite nous rappelle que le mystère de l’Incarnation nous engage dans une profonde conversion. La grâce de Dieu nous mobilise, elle nous convoque pour changer nos modes de vie. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété. Il s’agit de renouveler notre manière de vivre, non plus à partir de la loi seulement, mais à partir de Dieu fait homme, à partir du fils de Dieu qui se fait notre frère. C’est lui qui nous apprend concrètement à faire le bien en vivant avec nous dans le temps présent de manière raisonnable, de façon ordonnée. Par sa présence et sa bienveillance, il vient édifier nos cœurs, il vient reconstruire nos sociétés en les refondant sur la charité, la justice et la piété. Son style de vie, sa relation au monde et en particulier au plus pauvres inaugure le Royaume de Dieu. Dans ce mystère de Noël, un peuple nouveau est engendré; Dieu nous prédispose à l’éternité.
Sauver par sa pauvreté
Enfin l’évangile nous invite à la crèche. Autour de Marie et Joseph, des relations nouvelles s’établissent. Un fils premier-né attire à lui les anges et les bergers, les mages et les artisans. La crèche est un lieu hors du commun qui rassemble des étrangers et des gens de passage : il n’y avait plus de place dans la salle commune. Pèlerin et étranger ici bas sur la terre, Jésus ne sera pas citoyen de Bethléem, il restera en périphérie avec les pauvres et les exclus. Ainsi Jésus se présente au monde, non seulement comme le messie pauvre mais aussi comme le messie des pauvres et pour les pauvres. C’est le coeur de son évangile, c’est la bonne nouvelle qu’il nous livre à nous qui sommes fragilisés, errants et vagabonds des suites de notre péché. Dieu n’a pas peur de la fragilité; il en fait un chemin privilégié pour se révéler en toute liberté. Dieu n’emprunte pas les lieux communs, il ne pratique pas les usages communs pour nous appeler et nous rencontrer. Il nous appelle dans nos pauvretés, il nous attire à lui par sa simplicité, sa vulnérabilité et c’est ainsi qu’il nous sauve et nous libère de l’orgueil. C’est lui le sauveur de notre coeur et il n’y en a pas d’autre.
Seigneur
que ta lumière nous donne la Paix,
que ta bienveillance nous transforme et nous édifie
que ta simplicité nous désarme et nous libère
Il n’y a pas d’autre sauveur que toi. C’est toi qui vient révéler, sauver et proclamer.