frere joseph fmj
L’Ascension pour garder les pieds sur terre !
Homélie de fr. Joseph  |
le 21 mai 2020  |
Texte de l'évangile : Mt 28
Homélie de frère Joseph, fmj, Jeudi de l’Ascension, Eglise Saint-Jean, Strasbourg.
Dans un de ses nombreux poèmes satiriques, Jacques Prévert commence ainsi : « Notre Père qui êtes aux Cieux. Restez-y ! » (Paster Noster)… Sans doute cherche-t-il la provocation… Mais ne se fait-il pas aussi l’écho de notre monde sécularisé ? de ces personnes qui désirent que Dieu les laisse tranquille ? ou encore de ces personnes qui imaginent, sans vraiment se l’avouer, que Dieu habite dans ce ciel qui trône au-dessus de nos têtes ? De fait, les civilisations anciennes, mais aussi de nombreuses expressions bibliques suggèrent une telle représentation. Que l’on pense simplement aux Psaumes (par ex. Ps 115 ou 148) ou à l’évangéliste Matthieu qui emploie équivalemment « Royaume des cieux » et « Royaume de Dieu ». Et aujourd’hui, jour de l’Ascension, ne venons-nous pas d’entendre : « Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. » Que signifie dès lors cette fête de l’Ascension ? Quel est ce Ciel dans lequel Jésus s’élève ? Qu’est-ce que cela dit de l’identité de Jésus ? et a fortiori, de la nôtre ?
Dans un de ses nombreux poèmes satiriques, Jacques Prévert commence ainsi : « Notre Père qui êtes aux Cieux. Restez-y ! » (Paster Noster)… Sans doute cherche-t-il la provocation… Mais ne se fait-il pas aussi l’écho de notre monde sécularisé ? de ces personnes qui désirent que Dieu les laisse tranquille ? ou encore de ces personnes qui imaginent, sans vraiment se l’avouer, que Dieu habite dans ce ciel qui trône au-dessus de nos têtes ? De fait, les civilisations anciennes, mais aussi de nombreuses expressions bibliques suggèrent une telle représentation. Que l’on pense simplement aux Psaumes (par ex. Ps 115 ou 148) ou à l’évangéliste Matthieu qui emploie équivalemment « Royaume des cieux » et « Royaume de Dieu ». Et aujourd’hui, jour de l’Ascension, ne venons-nous pas d’entendre : « Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. » Que signifie dès lors cette fête de l’Ascension ? Quel est ce Ciel dans lequel Jésus s’élève ? Qu’est-ce que cela dit de l’identité de Jésus ? et a fortiori, de la nôtre ?
En cette fête de l’Ascension, nous célébrons bien le retour de Jésus vers le Père dans les cieux. Mais entendons-nous bien : « l’Ascension du Christ n’est pas un voyage dans l’espace, vers les astres les plus lointains » (Benoît XVI). En ce sens, il n’est pas étonnant que l’astronaute russe Youri Gagarine n’ait pas vu Dieu en allant dans l’espace. Si le Seigneur fut élevé dans les Cieux, ce n’est pas pour s’éloigner des hommes et du monde. Comme nous l’avons entendu, Jésus s’élève aux Cieux pour se rendre présent, présent à chacun (cf. Mt 28, 20).
Que signifient dès lors son Ascension ? « L’Ascension du Christ signifie qu’Il n’appartient plus au monde de la corruption et de la mort qui conditionne notre vie. Elle signifie qu’Il appartient totalement à Dieu. » (Benoît XVI) Le Christ a achevé sa mission de Salut. Sur la Croix, Il s’est dépouillé de tout, de tout honneur, de toute puissance. Par sa mort et sa résurrection, il est venu apporter aux hommes cette justice de surcroît qui ne pose ni condition, ni limite ; il est venu nous révéler que la mesure de la miséricorde l’emporte sur la mesure de justice ; il est venu nous dévoiler le visage et le cœur du Père, il est venu restaurer notre condition filiale. Par son Ascension, Jésus n’entend ni s’absenter, ni se désintéresser de nous. Au contraire, il s’élève pour se rendre présent d’une manière inédite pour jamais. Désormais, par son élévation à la droite du Père, il peut se rendre présent à tous et non plus seulement à quelques-uns (cf JL Marion, Prolégomènes à la charité).
Quel est alors ce Ciel que rejoint Jésus ? La Vie même de Dieu, le Ciel trinitaire. Ce n’est ni un lieu créé, ni un lieu corporel, c’est le ciel de la Trinité. Peut-être nous demandons-nous : qu’est-ce que son Ascension change d’avant sa descente parmi les hommes ? Le Christ n’est-il pas le même de toujours à toujours ? Oui et non. Oui, car il n’a pas cessé d’être le Fils unique du Père et non, car, par son incarnation, sa Passion et son Ascension, il s’est incorporé l’humanité entière. Par son Ascension, « Jésus a conduit notre condition humaine aux côtés de Dieu, […] à travers le Christ l’être humain a été conduit jusqu’à l’intérieur de la vie même de Dieu. » (Benoît XVI) Depuis que nos premiers parents avaient ouvert la porte de leur cœur au Prince de ce monde, nos cœurs ne pouvaient revenir par eux-mêmes à la Source. Il fallait que Celui à qui appartiennent la vie, le mouvement et l’être nous rouvre le chemin de la vie. Et désormais, quelque chose de notre humanité est passé en Dieu. Par son Ascension, le Christ nous a offert notre encielement. Notre corps ne nous appartient plus, il est à Dieu. « Si quelqu’un est dans le Christ, il est une création nouvelle » (2 Co 5, 17) Rappelons-nous cette Parole d’Irénée de Lyon au IIème siècle : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » ! Il est grand le mystère de la foi !
Quand les disciples ont vu cela, on comprend qu’ils aient gardé les yeux fixés sur la Gloire divine. Et comment ne pas reconnaître l’humour de Dieu ici qui se plaît à nous envoyer des anges pour nous obliger à rester les pieds sur terre : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? » (Ac 1, 10-11) L’Ascension ne doit pas nous paralyser ou nous faire rêver, mais nous envoyer en mission. Tout est achevé mais aussi tout commence !
Chers frères et sœurs, si l’Ascension rend le Christ présent à chacun de nous, en tout temps, en tout lieu, s’il se trouve toujours à portée de voix, si nous ne sommes pas délaissés par le corps du Christ qui se rend présent à nous, nous voyons que les Apôtres ne délaissent pas non plus Corps du Christ. « Ils n’ont de cesse de s’y tenir » (sr Marie-Aimée, Alentour du verset, p. 431) De fait : « tandis que Jésus bénissait ses disciples, il se sépara d’eux et il était emporté au ciel. Ils se prosternèrent devant lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, en grande joie. Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu. » (Lc 24,51-53). Nous sommes le peuple nouveau que Dieu s’est uni par son Fils. Quelle grâce d’être à ce point aimé par Dieu qui ne se satisfait pas de nous laisser croire que nous serions mieux sans lui. Au lieu de cela, il se fait l’un de nous et nous attire dans son Ciel ! Comme Dieu est bon ! à nous d’en être les témoins.