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Qui es-tu Trinité ?
Homélie de fr. Joseph  |
le 7 juin 2020  |
Texte de l'évangile : Jn 3, 16-18

« Qu’est-ce que la Trinité ? » Cette question, un jeune que j’ai rencontré ici dans le square me l’a posé dernièrement. Naturellement, je lui ai répondu : « Le Père, le Fils et l’Esprit-saint ». Mais lui de rétorquer : « Mais Dieu est unique. Il n’y a qu’un seul Dieu. Comment pouvez-vous dire qu’ils sont Dieu tous les trois ? Vous êtes tout simplement en train de dire qu’il y a trois dieux ! »… C’est là que le dialogue est devenu plus ardu. De fait, comment rendre compte de notre foi en la Trinité ? Comment parler de ce mystère qui nous dépasse et le dire simplement, de façon audible ? Avec un peu d’humour : Comment passer du sacré mystère… au mystère sacré ?

Un sacré mystère… De fait, pour beaucoup de chrétiens, la Sainte Trinité est perçue comme un concept obscur, étranger à notre quotidien, comme une complication dogmatique réservée aux théologiens, comme une notion qui permet de dire qui est Dieu, mais sans trop savoir ce qu’elle signifie. Cette combinaison de différentes Personnes, différentes mais égales en dignité, n’est-elle pas une sophistication au service des théologiens, mais qui au final n’a pas grande importance pour nous ? « Nous devons, je crois, sortir de cet a priori, ne pas nous laisser arrêter par la complication logique que représente le mystère de la Trinité, mais au contraire essayer d’entrer dans ce qui en est pour nous l’élément vital. » (Cardinal Vingt-Trois)

Pour cela, je pense qu’il ne sert à rien de jouer à l’apprenti mathématicien, vous savez ce mathématicien qui s’ingénie à trouver des formules qui marcheraient du genre 1 + 1 + 1 = 3 mais 1 x 1 x 1 = 1. Je pense que personne ici n’est vraiment satisfait de ces différentes formules que l’on avance parfois, ni mêmes des schémas avec des cercles, des flèches ou des triangles. Non, la Trinité ne se laisse pas enfermer dans ces démonstrations. Si la Trinité est comparable à un triangle, ce sera seulement à ces triangles musicaux qui, quelque soit le côté qu’on touche, vibrent tout entier et émettent le même son.

Il faut aussi s’affranchir de nos propres constructions mentales. Sans en avoir pleinement conscience, on s’imagine tous un Dieu à notre mesure. Comme un amateur de musique se contentant de chansonnettes alors qu’une symphonie grandiose lui est proposée, nous nous imaginons un dieu accessible à tous, facile à comprendre, mais réduit dans son mystère ; un Dieu créateur, une force cosmologique, une puissance d’amour, mais pas davantage. Alors on se l’imagine souvent lointain, sans vrai rapport avec l’humanité, mais ce démiurge n’est pas celui que nous révèle la Bible. Comme nous l’entendions dans la lecture du livre de l’Exode : Dieu parle, Dieu parle à Moïse. Il entre en relation avec lui pour lui dire qui il est. Son nom est « Le Seigneur », il est « tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité.» Dieu est relation. Il se révèle à nous dans une relation d’alliance, d’amour.

Mais Dieu n’a pas parlé seulement à Moïse. Il a parlé à Abraham, Isaac, Jacob, aux prophètes. Dieu n’est pas un Dieu indifférent à ce qui survient dans l’histoire humaine. C’est un Dieu qui entretient avec son peuple une relation privilégiée. Et pour mener à son épanouissement cette révélation inimaginable, il va jusqu’à prendre chair dans la Personne de son Fils, Jésus de Nazareth. Il a établi sa Demeure dans notre humanité par la médiation de son Esprit répandu sur ceux qui croient en Lui.

Chers frères et sœurs, c’est ici que le mystère devient sacré ! La Trinité veut tout simplement dire la communion d’amour, l’accord parfait, la Vie qui se communique, qui se reçoit et qui donne vie. Ouvrir nos yeux sur cette révélation chrétienne, ce n’est pas tant contempler de l’extérieur cette réalité qui nous dépasse, mais laisser Dieu nous dire par son Fils, par son Verbe et son Esprit-Saint qui il est. La question n’est pas tant : Qu’est-ce que la Trinité ? Mais : Qui es-tu Trinité ? Oui, c’est en se découvrant issu de la Trinité que nous commençons à découvrir qu’elle nous est plus intime à nous que nous-même.

Cette réalité nous dépasse, car nous voyons bien que nous n’en sommes pas la cause, l’origine. Elle nous a été donnée, elle nous a été révélée. Elle n’aura jamais fini de nous surprendre car à chaque fois que nous péchons, que nous brisons la relation, que nous oublions Dieu, Dieu, lui est fidèle. Dieu ne cesse de revenir à nous et de nous dire : « où es-tu Adam ? Je t’aime, tu es dans ma main, dans mon cœur ». Elle nous concerne au plus près, car ce mystère parle aussi de nous. Oui, Jésus est venu partager notre condition humaine pour nous rendre participant de sa divinité, de sa Vie divine, de son amour plein de tendresse et de miséricorde, de patience et de vérité. Accueillir la Trinité, c’est accueillir l’auteur de ma vie, c’est se recevoir du Fils, se reconnaître fils dans le Fils, se savoir sauvé. Oui, « car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » S’ouvrir à cette révélation, c’est devenir participant du salut. Laissons l’Esprit Saint nous introduire dans la communion de vie et d’amour du Père et du Fils. Laissons les paroles de Jésus nous embraser pour qu’elles nous ouvrent à la contemplation du Père. Laissons le Père nous façonner, nous refaçonner à son image et à sa ressemblance. Aimons et la Trinité vivra en nous. En communiant au Corps et au Sang du Christ, nous serons consommés dans l’unité de la Trinité, dans cette réalité vivante et palpitante, autrement dit : en Dieu ! Oui, ce mystère est grand, ce mystère est sacré.

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