De l'impasse au Chemin, du voile à la Vérité, de la mort à la Vie
Homélie de fr. Charles  |
le 5 avril 2026  |
Texte de l'évangile :

Chers frères et sœurs, il nous est bien difficile d’évoquer le mystère de la Résurrection. Il est toujours plus aisé de décrire la mort que nous subissons que d’annoncer une promesse que nous espérons. La résurrection, ce n’est pas un concept à analyser mais une Personne à rencontrer, Celui-là même qui est mort et ressuscité et qui, aujourd’hui, vient se manifester au milieu de nous en murmurant dans un fin silence : « Je suis la résurrection ». Mais le ressuscité est aussi celui qui a dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ».
Aussi, je vous propose de contempler le mystère de la Résurrection comme un Chemin à parcourir, comme une Vérité à découvrir et comme une Vie à recevoir.

Un Chemin à parcourir et à proposer

La résurrection est un chemin ou plutôt une course ! C’est l’élan de Marie-Madeleine et des disciples en route vers le tombeau. Paul lui-même ne s’y trompe pas lorsqu’il compare la vie chrétienne à une course de stade en vue d’un prix céleste.
Cette course est un pèlerinage intérieur, un exode spirituel empreint d’espérance, éclairé par la confiance, contrairement aux courses haletantes de notre monde inquiet et fébrile.
Envisager la résurrection comme un chemin, c’est chercher la porte intérieure que le Ressuscité ne cesse d’ouvrir en nous. Là où Marie-Madeleine pensait trouver un tombeau vérouillé, elle distingue une pierre roulée, un passage, une porte ouverte. C’est ce chemin qu’elle annonce aux disciples et qu’elle propose à l’Église comme apôtre des apôtres.
Frères et soeurs, en ressuscitant, le Christ ne contourne pas nos épreuves, il les traverse, il dépasse nos impasses, il saute nos murailles intérieures; c’est l’étymologie même du mot Pessah en hébreu. Ce chemin nous donne d’envisager autrement nos limites et nos faiblesses : au creux du rocher nous distinguons une porte vers l’éternité, dans nos failles humaines, nous discernons une lumière divine qui nous attire à elle et nous donne de traverser les ténèbres.
Frères et sœurs, ne gardons pas ce chemin pour nous seulement. Dans nos expériences pascales, nous sommes appelés à devenir des témoins. Pour cela, osons proposer un chemin d’espérance, osons proposer la grâce des sacrements, notamment le baptême, mais aussi l’eucharistie et la réconciliation.

Une Vérité à découvrir et à annoncer

La résurrection est une réalité à éprouver, une vérité à recueillir. « Qu’est-ce que la vérité ? » avait demandé Pilate à Jésus durant la Passion. Étymologiquement dans l’évangile, la vérité est un dévoilement, une manifestation de la réalité sans dissimulation, sans construction.
Libéré de ses bandelettes et du suaire qui recouvrait son visage, le Ressuscité est dévoilé. Invisible à nos yeux, il est pourtant reconnu par le disciple bien-aimé. En voyant les linges posés à plat, ce dernier croit, il voit avec les yeux de son coeur celui qu’il a aimé, il reconnaît le Ressuscité. Intérieurement il sait que le Christ est vraiment ressuscité. Frères et soeurs, voilà la seule vérité capable de nous sanctifier et de nous relever. Cette certitude grandit en nous depuis notre baptême comme une graine d’éternité. Le Ressuscité ne vient pas nous juger, il vient nous « dé-voiler », il vient dire en nous « Je suis » et ainsi nous rendre à notre liberté d’enfants de Dieu. Frères et soeurs, nous sommes des hommes et des femmes ressuscités en puissance. Aujourd’hui le Ressuscité vient dévoiler notre véritable identité. Il nous rend libres, confiants, remplis d’espérance, et nous invite à le manifester en témoignant simplement auprès de nos frères et sœurs en humanité. À l’image de Pierre à Césarée, n’ayons pas peur de parler. La Résurrection n’est pas le privilège, c’est une grâce universelle qui doit atteindre chaque nation et chaque cœur.

Une Vie à recevoir et à transmettre

La résurrection n’est pas une idée à apprécier, mais une expérience à éprouver, un don intime et personnel à recevoir et à transmettre. Paul nous le redit dans sa lettre aux Colossiens : « Vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. »
Vivre pour nous, c’est le Christ. Ce n’est pas une existence éphémère ou superficielle que nous recevons mais une vie d’en haut qui irrigue notre vie d’en bas, une vie intérieure, une vie nouvelle toujours en croissance. Jour après jour, la résurrection fait grandir en nous l’homme nouveau, l’être intérieur. Elle fait de nous des hommes et des femmes qui ont déjà un pied dans l’éternité. La résurrection transforme tout : notre rapport au corps, notre sens de notre vie, notre regard sur les autres. Elle donne dès ici bas un avant-goût de paix et de joie.
Cette vie du ressuscité circule plus particulièrement par les sacrements. Elle se diffuse dans le corps de l’Église. Nous la recevons par grâce pour la transmettre par amour, pleins de foi, dans l’espérance d’être un jour tous rassemblés dans le corps du Christ. Cette vie, nous la recevons à chaque Eucharistie dans la communion. Recevoir le Pain de Vie, c’est dire « Amen » à la grâce du Ressuscité, c’est communier à notre propre résurrection. C’est retrouver nos frères et sœurs en humanité en espérant le salut et la réconciliation pour tous, en intercédant pour que le monde ait la vie en plénitude. Ainsi, le Ressuscité nous demande de vivre notre existence avec densité. La résurrection n’est pas un événement du passé mais une Présence pleine d’actualité. La vie éternelle n’est pas seulement pour demain, elle a déjà commencé en nous et nous pouvons la diffuser.

Seigneur Ressuscité,
viens ouvrir en nous un Chemin d’espérance et de confiance
Viens dévoiler en nous la Vérité de notre identité
Viens vivifier en nous l’homme nouveau