Du désert au paradis : un chemin à l’écoute de la Parole
Homélie de fr. Charles  |
le 22 février 2026  |
Texte de l'évangile : Mt 4, 1-11

Le premier dimanche de Carême nous invite à rejoindre un désert. Il s’agit d’aller avec Jésus dans ce lieu de solitude et de faire l’expérience de notre finitude. C’est là que l’on peut faire mémoire du paradis. Avec Jésus et en écho avec toute la tradition biblique, nous pouvons découvrir que le désert peut devenir le lieu de la parole : un lieu d’Alliance.

Le désert : un lieu de vérité, un creuset pour notre liberté

“En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable”. Il nous est bon en ce début de Carême de contempler cette entrée de Jésus au désert. Le désert n’est pas seulement un lieu géographique, c’est un espace de dépouillement où l’homme est mis à nu, confronté à sa finitude. Le désert est un lieu de vérité où l’on ne peut tricher, un lieu sans voile où les masques tombent. C’est là qu’on découvre nos faims réelles : faim de reconnaissance, faim de pouvoir, faim de possession. Pour mieux vivre ces moments inéluctables dans nos vies, regardons comment Jésus se rend au désert.

Il est frappant de voir tout d’abord que pour Jésus cette entrée dans le désert n’est pas un choix volontaire mais un acte d’obéissance; Jésus s’y laisse conduire par l’Esprit. Malgré lui, sous la conduite de l’Esprit, il est humainement plongé dans une série d’épreuves afin de les traverser et de les vaincre pour nous. 

L’évangile nous précise ensuite qu’après avoir jeûné 40 jours et 40 nuits, Jésus eut faim. C’est par le jeûne que Jésus consent au dépouillement qui lui était proposé. Jusque là, en quelque sorte, il restait passif face à l’épreuve. Désormais par ce jeûne volontaire, il choisit d’entrer activement dans le dépouillement, il s’y livre intérieurement par la prière de l’Esprit qui murmure en Lui “Abba, Père”. 

Le dépouillement du désert devient ainsi pour Jésus une expérience corporelle et spirituelle, une occasion d’abandon, un chemin d’assomption. Avec Jésus, le désert n’est plus un lieu vide ou épuisant; il peut devenir un lieu de rencontre avec soi-même et avec Dieu, un lieu de spiritualité. Au désert, si on reste isolé, on éprouve la limite, le manque, la finitude mais si on le vit avec Jésus, on apprend à y consentir par le jeûne et la prière et on y goute la vérité et la liberté.

Dans le désert de la ville mais aussi dans les déserts existentiels de la maladie, du deuil, de la souffrance, frères et soeurs, cette expérience de dépouillement et de consentement nous est régulièrement proposée. Avec Jésus vivant au coeur de l’humanité, nous pouvons redécouvrir le jeûne et la prière, nous pouvons nous laisser conduire par l’Esprit et démasquer nos faims de mondanité. Ainsi notre Carême ne sera pas une performance de privations, mais un réajustement du cœur, une expérience d’humilité, un chemin d’intériorité pour y retrouver l’image de Dieu parfois brouillée par nos agitations ou nos fausses satisfactions. 

Le jeûne et la prière sont des chemins de vérité et de liberté; c’est pourquoi l’Eglise les propose régulièrement pour mener les combats spirituels des temps moderne, comme c’est le cas actuellement pour ce qui concerne la loi sur l’ « aide active à mourir ».

La Parole : une épée pour le Combat spirituel

Dans l’épreuve de Jésus au désert, il est interessant de regarder comment le diable rencontre Jésus, comment il lui parle et comment Jésus lui répond.

Le tentateur rencontre Jésus par touche successive, toujours incisive et de plus en plus insidieuse.

Dès la première tentation le diable commence par un « Si ». « Si tu es le Fils de Dieu… ». C’est le poison du doute qui s’écoule à proximité du coeur de l’homme pour le paralyser, le détourner, l’empêcher de vivre. Le soupçon transforme le désert de l’alliance en un lieu de fausse pénurie et de peur. C’est ainsi que le diable met en doute notre relation à Dieu. Il veut nous faire croire que nous devons prouver notre valeur par des exploits ou par le succès alors même que nous sommes aimés gratuitement. 

L’homme éprouvé doit se rappeler sans cesse qu’il est indéfectiblement lié à Dieu par sa Parole. C’est dans cette parole que nous trouvons l’assurance que nous sommes aimés gratuitement, sans avoir à performer, sans avoir à réussir. 

Dans la deuxième tentation, le diable emmène Jésus à la ville sainte et le place au sommet du temple. Il n’est plus seulement à proximité de Jésus, il le saisit, le déplace, le manipule avant d’utiliser la Parole de Dieu pour la détourner à son profit. Dans ce combat nous comprenons que le diable manipule Jésus comme il pervertit la Parole. Cette attitude doit nous rendre vigilant dans notre manière de lire la Parole de Dieu, mais aussi dans notre manière de lire l’existence, c’est à dire dans notre interprétation du sens littéral de la vie. 

Dans la troisième tentation, le diable poursuit son entreprise. Il emmène Jésus sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Ici, c’est le regard qui est en jeu et notamment le regard contemplatif, l’acte d’adoration. De manière subtile, le diable cherche à nous soumettre en nous détournant de la véritable adoration, en désorientant notre regard vers le monde au lieu de l’élever vers Dieu. De l’écoute à la vision, le diable veut nous attirer à lui. En définitive, il veut nous empêcher d’entrer dans la contemplation de Dieu, c’est à dire d’entrer dans la Jérusalem d’en haut, de retrouver le chemin du paradis.

Par là nous comprenons que dans toutes nos épreuves, il convient de revenir à la Parole de Dieu, il convient de s’en nourrir régulièrement pour éclairer notre route, fortifier nos coeurs, 

Seigneur, sois notre guide dans les déserts de ce monde. Au coeur du monde, apprends nous à vivre avec confiance la limite, le manque, le dépouillement. Fortifie-nous de ton Esprit dans le jeûne et la prière. Conduis nous par ta parole et guide nous sur le chemin de la vie.