Avec Jésus sur la montagne
Homélie de fr. Benedikt  |
le 8 février 2026  |
Texte de l'évangile : Mt 5, 13-16

Avez-vous l’impression, chers frères et sœurs, d’être sur la montagne ? Peut-être pas, mais j’aimerais quand même vous y inviter. Ce dimanche, se sentir comme sur une montagne, c’est d’être avec le Christ. C’est là qu’il a pris ses disciples avec lui. En effet, rien ne fait de nous la lumière du monde que la parole de Jésus et sa présence. Nous sommes illuminés par sa présence, par la lumière qui sort de Dieu. Rien ne donne à l’humanité son éclat que cette invitation de Dieu, invitation gratuite, de devenir son compagnon de route, son enfant, son ami.

Aujourd’hui nous sommes encore avec Jésus sur la montagne où il aimé se rendre, soit seul, soit en compagnie de des disciples, et parfois il y invitait même la foule qui le suivait. L’évangile de ce jour commence par ces paroles : En ce temps-là Jésus disait à ses disciples… C’était le temps du sermon sur la montagne et nous avons entendu sa première partie le dimanche dernier. Jésus nous place, par ses commandements, sur la montagne. Avec lui, la lumière se révèle aux nations, l’astre d’en haut illumine ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort. Quand j’aurai été élevé de terre, dit-il, j’attirerai à moi tous les hommes… Marchez, tant que vous avez la lumière, afin que les ténèbres ne vous arrêtent pas ; … Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière : vous serez alors des fils de lumière.

Être la lumière du monde, on peut effectivement se penser d’être un peu surélevé au-dessus du monde. Perché sur la montagne, ou dans le ciel comme un soleil intouchable, brillant, qui éclaire, une source de la lumière, qui éclaire sans être éclairé. Ce ne serait pas une bonne perspective. Il faut rester avec le Christ, pour participer réellement à sa lumière, Lui qui est la lumière qui brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtés.

La constitution conciliaire sur l’Église, Lumen Gentium, ne dit pas que c’est l’Église qui est la lumière du monde par soi même, mais elle dit clairement : Le Christ est la lumière des peuples ; en annonçant à toutes les créatures la bonne nouvelle de l’Évangile. En la transmettant, l’Église répand sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église. L’Église est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain.

Peut-être à cause de cela Jésus propose d’abord une autre image : Vous êtes le sel de la terre. On pourrait dire que les deux images se corrigent. La lumière s’ajoute au chose de l’extérieur, le sel de l’intérieur. En petite quantité, de l’intérieur, presque au prix de se perdre, le sel révèle le goût de l’autre. Le sel sans saveur ne signifie rien. Mais aussi la saveur du sel seul ne signifie rien, sans l’aliment qui doit être salé. Avec Jésus nous sommes le sel de la terre, c’est-à-dire, il ne nous coupe pas du monde, mais nous garde dans le monde. Nous-même éclairés, salés. Nous ne sommes pas au dessus du monde, mais au service de lui, si seulement nous gardons la saveur de Jésus. C’est quoi cette saveur ? On va y revenir.

Maintenant, quand vous prenez le mot lumière et vous le confrontez au dictionnaire des synonymes, vous pouvez arriver au sens très paradoxal de cette expression : lumière – éclat – gloire – splendeur – scintillement – clignotement – fluctuation – vacillement – incertitude – faiblesse – tremblement… Eh bien, nous rejoignons ainsi la deuxième lecture. Que dit Paul ? Frères, parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié. Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous… Ce qui est faible et fou dans le monde, Dieu a choisi. Soit on se considère lumière, gloire, splendeur, et alors on commence à clignoter, on devient le strass, les paillettes, le clinquant, soit on a en soi quelque chose de vrai. La foi en Dieu et en son Messie, Jésus et sa croix salvatrice. Une lumière qui n’éblouit pas. Qui sert, qui brille pour tous ceux qui sont dans la maison, en apportant la saveur du réconfort, le sentiment de sécurité, comme une lampe, de l’orientation dans le paysage sombre, comme une ville sur la montagne, le goût de vivre, comme le sel, le goût de Dieu lui-même.

Dans la première lecture on retient facilement ce à quoi nous invite le commandement. La pratique de la charité. Mais attention, même là il ne faut pas rester seul, tourner autour sa propre perfection. Notons la phrase qui fait référence au don de la liberté que Dieu offre à son peuple : devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche. Comme dans l’évangile, il s’agit finalement de la gloire du Père. La gloire du Seigneur fermera la marche. Marcher dans la lumière c’est laisser notre route s’éclaircir par la gloire de la Croix qui pointe, comme un doigt vers le Ciel, vers la miséricorde de Dieu.

Comme le dit magnifiquement catéchiste Bernadette Dumont : Les chrétiens mélangés comme du sel à l’humanité sont appelés, par le témoignage de leur vie, à attester que vivre sur terre, c’est déjà commencer à vivre dans le royaume des Cieux. Le sel chrétien révèle alors en toute existence humaine un goût d’éternité, une saveur et une espérance qui changent tout. En sublimant ainsi l’existence, non seulement le sel chrétien donne une raison de vivre, mais par surcroît, il révèle ce que c’est que la joie de vivre.

Ainsi la saveur du Christ et la louange du Père sont au début et à la fin de la route. La joie d’exister sous le regard de Dieu et exister en Dieu. C’est pourquoi Jésus nous prend symboliquement sur les hauteurs. Encore une fois, non pas pour nous donner l’impression d’être meilleurs que les autres, mais pour nous associer à sa louange, à la vie en Dieu et nous donner ainsi le goût de servir, sans crainte. Quand nous sommes bridés dans notre générosité à cause de la peur de perdre, nous pouvons nous dire : celui qui a Dieu ne manque d’aucun bien. Ou comme le psalmiste aujourd’hui : homme de justice, le cœur ferme, il s’appuie sur le Seigneur, son cœur est confiant, il ne craint pas, à pleines mains, il donne au pauvre. Oui, heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.

Voilà la lumière qui réjouit le cœur de l’homme. Par elle, les gens peuvent découvrir que nous avons dans cieux un Père et non pas un monstre. Pas un tyran assoiffé de flatteries et de révérences, du clinquant, pire, assoiffé de vengeance et de sang. La phrase finale de l’évangile d’aujourd’hui prend alors tout son sens : ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. Oui, notre Père, qui est aux cieux, c’est lui la fin de notre monté, sur la montagne sainte, Jérusalem céleste, la ville d’en haut, notre vraie patrie, les bras du Père des lumières.