La fatigue et la fidélité
Homélie de fr. Benedikt  |
le 8 mars 2026  |
Texte de l'évangile : Jn 4, 5-42

Il est 11h00, bientôt midi, et cette église va devenir un lieu de rencontre entre Dieu et son peuple, entre Jésus et chacun de nous, comme à Sichem, près du puits de Jacob, où Jésus rencontra Samaritaine. Lieu de la parole, lieu de la contemplation, lieu de l’adoration en Esprit et en Vérité.Chers frères et sœurs, l’Évangile de ce dimanche nous appelle une fois de plus à la conversion. À quatre semaines de la Pâque, comment se convertir encore ? Ambre, Amélie, Antoine-Rhadouane, Anouk, Emilia, Lucie, Yvonne et Paul, dites-nous ! Dieu vous a appelé à la conversion ! Est-ce cela veut dire devenir meilleur ? Jeûner d’avantage ? Distribuer vos biens aux pauvres ? Confesser vos péchés ? Certes. Mais surtout, et là nous avons un témoignage de la Samaritaine, la conversion s’est avant tout : mettre sa foi dans Celui qui nous dit la vérité, la vérité de Dieu, la vérité sur Dieu. Saint Paul le résume ainsi :

Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs.

L’évangile de la Samaritaine, c’est un évangile sur la vérité théologique. Pas seulement sur la vérité morale, comme on pourrait penser en lisant le dialogue entre elle et Jésus. Jésus sait la conduite immorale de cette pauvre femme. Sans la juger, il met à nue la source qui crie en elle : je ne suis pas heureuse ! Fais que je n’aie plus soif ! Jésus dévoile aussi sa révolte, son dédain Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond ! Et les substituts qui devait remplir le vide. Et il lui propose une vision : Si tu savais le don de Dieu ! Le don de Dieu ? Oui, c’est le Christ mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs.

Chers frères et sœurs, il ne s’agit pas que de cette femme. Vous savez que dans l’Ancienne Alliance l’image des fiançailles entre Dieu et son peuple traverse tous les prophètes ! David, Osée, Isaïe, Jérémie, Baruch, pratiquement tous abordent ce thème de la fidélité à l’Alliance ! Ainsi le prophète Ezéchiel écrit :

Fils d’homme, il était une fois deux femmes, filles de la même mère. Elles se prostituèrent en Égypte dès leur jeunesse… Voici leurs noms : Ohola, l’aînée, Oholiba sa sœur. Alors elles furent à moi et enfantèrent des fils et des filles. Quant à leurs noms, Ohola, c’est Samarie, Oholiba, c’est Jérusalem. Or Ohola se prostitua alors qu’elle m’appartenait. Elle brûla de désir pour ses amants, les fils d’Assour, des voisins… Sa sœur Oholiba vit tout cela, mais elle fut corrompue davantage, elle brûla plus encore, ses prostitutions furent pires que celles de sa sœur.

Alors à qui parle Jésus en réalité quand il dit : Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari… Oui, Jésus est bien le prophète ! Seigneur, je vois que tu es un prophète ! Samaritaine perdue dans dans sa vie, perdue aussi dans ses considérations théologiques, Israël et les Samaritains, tous les peuples cherchent fatigués cette source qui jaillit pour la vie éternelle, oubliant que toujours, le premier, par-dessus tout, c’est le Père, Dieu lui-même qui cherche les adorateurs en esprit et vérité alors que nous étions encore pécheurs. Voici ce que Ézéchiel ajoute à sa prophétie :

Quand je manifesterai, par vous, ma sainteté, je vous rassemblerai de tous les pays, dit le Seigneur. Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés de toutes vos souillures. Et je mettrai en vous un esprit nouveau.

Jésus, fatigué lui aussi, assoiffé lui aussi, incarne ce Dieu qui traverse le désert à la recherche de la brebis perdue. Perdue car elle oublie comme au Massa et Mériba (Épreuve et Querelle), parce que les fils d’Israël avaient cherché querelle au Seigneur, et parce qu’ils l’avaient mis à l’épreuve, en disant : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »

Voilà la question sur la fidélité de Dieu. Un doute sur sa parole une fois donnée. Ne vaut-il pas mieux d’aller chercher un mari ailleurs ? Au désert Dieu ordonna à son prophète Moïse de prendre en main le bâton avec lequel tu as frappé le Nil : Moi, je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira ! Et ce rocher frappé par une lance, d’où avait jailli de l’eau et du sang, c’était le Christ, Dieu fidèle qui a dit je serai là. Je suis toujours là, là où tu cherches, là où tu souffres, là où est ta soif.

Une eau profonde, les paroles dans le cœur de l’homme ! Torrent jaillissant, la source de la sagesse !

Ne pensons donc pas, chers frères et sœurs, que Dieu est seulement ailleurs, surtout au-dessus de nous en jugeant à distance nos dérives. Non, Dieu s’engage dans nos détresses, il supporte nos erreurs et nos révoltes, toujours, avec la même patience, avec la même passion de l’amour avec laquelle il nous a créés. Il est fidèle dans sa soif jusqu’à la croix. Et même là, quand il ne reçoit qu’un peu de vinaigre d’une éponge suspendu à une branche de bois, il n’abdique pas. Il va nous chercher jusque dans les enfers.

Chers catéchumènes, je vous ai posé au début de l’homélie une question. Comment se convertir encore ? C’était une question à nous tous bien sûr. La réponse est dans la foi, non seulement dans un Dieu abstraitement, mais dans l’annonce de sa fidélité en Jésus Christ. Il ne suffit pas de croire que Dieu existe. Il faut Lui croire. Croire dans l’annonce de l’évangile, comme en ce jour torride en Samarie : Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde.