Le dimanche des Rameaux, ou le dimanche des Oliviers, comme on l’appelait dans l’Antiquité. Ou le dimanche des Palmes comme on l’appelle dans certaines régions de France. On utilise parfois aussi, dans certains pays, non pas de palmes mais de l’if, ou du sapin ou le saule pleureur. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une grande fête qui nous introduit à la Semaine Sainte. Nous y suivrons, chronologiquement Jésus, jour après jour, depuis l’onction à Béthanie, en passant par les préparatifs du repas pascale et la trahison de Judas, jusqu’au grand Triduum, au cours duquel nous revivrons la dernière Cène, l’arrestation et le jugement de Jésus, sa Passion et, dans la nuit du samedi au dimanche, sa Résurrection.
Mais, chers frères et sœurs, si nous devons vivre tout cela durant toute une semaine, pourquoi l’Église nous donne à lire déjà aujourd’hui le récit de toute la Passion ? Pourquoi ne nous concentrons-nous pas simplement et chronologiquement sur l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem ? Il s’agit certes d’une coutume très ancienne. Dans l’ancien calendrier liturgique, on appelait même le dimanche des Rameaux le Deuxième dimanche de la Passion. Mais pourquoi cette longue liturgie anticipe-t-elle ce que nous devons encore méditer en profondeur, étape par étape, dans les prochains jours ?
Je ne suis probablement pas seul qui se demande si on n’ajoute pas trop de contenu inutile à la célébration des Rameaux déjà si riche en signification … En effet Jésus entre à Jérusalem pour faire de grandes choses de la manière la plus humble, sans triomphalisme, sans le faste, il entre aussi dans notre ville pour faire la grande œuvre de notre salut. Cela devrait nous suffir pour aujourd’hui. Pourquoi ce gaspillage de tant de bonnes choses déjà aujourd’hui ?
Une autre question très similaire posait à Jésus ses disciples scandalisés : « Ils étaient à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Une femme s’approcha de Jésus avec un flacon d’albâtre plein d’un parfum de grande valeur: elle versa ce parfum sur la tête de Jésus pendant qu’il était à table. Quand les disciples virent cela, ils furent indignés et dirent: «Pourquoi ce gaspillage? On aurait pu vendre ce parfum très cher et donner l’argent aux pauvres! … Mais Jésus a dit : « Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement ! »
C’est une leçon pour nous, chers frères et sœurs ! L’Église, comme Marie de Béthanie, déverse déjà aujourd’hui son trésor le plus précieux en souvenir de la Passion du Christ Jésus. Ce parfum très pur et de très grande valeur remplit déjà notre maison de son odeur exquise ! Ne nous indignons pas ! Ne perdons pas patience ! Ne murmurons pas qu’il est encore trop tôt ! Cette femme avait oint le corps de Jésus en avance, pour son enterrement. Elle a expérimenté ainsi ce qui est encore à venir et ce qui sera peut-être trop grand, trop incompréhensible et trop difficile pour comprendre sur place, quand l’heure de la passion viendra. Qui d’entre nous, en effet, sera capable de suivre le Christ sur le chemin qu’il emprunte pour notre salut ? Qui va lui véritablement assister toute cette Semaine Sainte ? Personne. Personne à l’époque et personne aujourd’hui, aucun d’entre nous, même au prix d’un très grand effort quotidien, ne peut revivre, récompenser, recréer, ou même correctement s’imaginer ce que Jésus va vivre pour nous, parfois dans une solitude totale. C’est un don gratuit. Une surabondance inimaginable de l’amour de Dieu qui va être déployé pour nous devant nous et en nous.
Alors nous recevons aujourd’hui déjà gratuitement, à l’avance, toutes les richesses de la rédemption, toute cette très grande valeur de la grâce ! Et, paradoxalement, en réponse à celle-ci, nous pourrons suivre Jésus nous aussi de manière totalement désintéressée, juste avec amour. Nous pouvons aller avec Lui, sans l’obligation de l’accompagner dans les lieux où aucun homme n’a pu jamais aller. Juste pour le contempler, avec la foi. Le regarder s’en aller. Avec reconnaissance et avec une immense gratitude. Nous ne serons pas de simples spectateurs, car tout ce qui suit nous concerne. Mais nous n’y ajouterons rien. Tout est désormais gratuit. À partir d’aujourd’hui tout est un excès de l’amour de Dieu.
Chers frères et sœurs, l’excès des textes en ce jour nous enseigne donc une attitude juste à l’égard de la Pâque du Seigneur qui vient. Allons en direction de la Croix et de la Résurrection avec le parfum précieux des Écritures. Allons avec amour, allons en paix, pour nous et pour le monde, adorer le Seigneur, riche en miséricorde, donné, vidé, répandu pour nous. Alors nous allons pouvoir réellement fêter la Pâque, la surprise, le don gratuit de Dieu.