Etre pierres vivantes de l'Eglise
Homélie de diacre Julien Pradayrol  |
le 9 novembre 2025  |
Texte de l'évangile : Jn 2, 13-22

Nous fêtons en ce jour de la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ, la fête de la dédicace de la basilique Saint Jean du Latran qu’est-ce-à dire ?

Catéchumènes et nous tous peuple de Dieu en chemin, les lectures en ce jour évoquent le Temple de Dieu, c’est à dire l’Église bâtiment qui a une symbolique forte et qui représente l’Eglise corps du Christ et la source de la vie, d’une vie nouvelle dont la pierre de fondation est le Christ. Et plus extraordinaire encore, comme le rappelle Saint Paul, l’homme est le temple de Dieu et le fleuve de l’Esprit qui coule de l’autel du Christ est la source vivifiante à laquelle le chrétien puise pour la vraie vie.

Un peu d’histoire d’abord, si vous me le permettez.  La basilique du Latran est la cathédrale du pape en tant qu’évêque de Rome. Elle a été érigée à la demande de l’empereur Constantin vers 320 en ces quelques années d’euphorie que connut l’Église au sortir de la grande persécution des chrétiens par l’Empire. Au cours des nuits pascales des IVème et Vème siècles des Romains vinrent par milliers s’agréger au Corps du Christ, en recevant le baptême et la confirmation dans le baptistère et en célébrant dans la basilique l’eucharistie pascale. Comme les milliers de jeunes et moins jeunes d’aujourd’hui en France qui font exploser les statistiques des nouveaux baptisés mais qui surtout remplissent de joie et vivifient la foi des communautés chrétiennes qui les accueillent car ainsi le Corps du Christ grandit. A travers cette fête de la dédicace nous célébrons le mystère de l’unique Eglise du Christ.

Mais quelle  est cette Eglise du Christ qui nous accueille ? L’Église est un lieu pour renaître. L’Eglise est avant tout puissance de résurrection, sacrement du Ressuscité qui nous communique sa résurrection. Nouvelle Eve, elle naît du côté ouvert du Christ comme Eve est née du côté d’Adam. Du flanc transpercé du Christ ont jailli en effet l’eau et le sang (Jn 19,34), l’eau du baptême, le sang de l’Eucharistie.

Dans sa profondeur, l’Eglise n’est rien d’autre que le monde en voie de transfiguration, le monde qui devient, en Christ, pierre angulaire, transparent à la plénitude paradisiaque. Le monde-en-Christ, le nouveau ciel et la nouvelle terre, c’est-à-dire le ciel et la terre renouvelés, viennent à nous dans les sacrements de l’Eglise, dans l’Écriture qui est elle aussi un sacrement. Les divers sacrements ou mystères ne sont que des aspects de la sacramentalité globale de l’Église dont le cœur, le soleil, est “le mystère des mystères” l’eucharistie. Et c’est dans l’Esprit que l’Eglise est le mystère du Ressuscité. Pneumatosphère, la prédication apostolique, la Bonne Nouvelle reste vivante et actuelle en continuité avec le témoignage des Prophètes, des Apôtres et de tous les disciples et chers catéchumènes vous en êtes la preuve vivante. Dieu, le Christ, l’Esprit, vous appellent et vous avez répondu à cet appel.

L’Eglise du Christ, que vous vous apprêtez à rejoindre à travers votre cheminement, n’est pas un bâtiment froid et plus ou moins austère, l’Eglise du Christ est constituée de pierres vivantes que sont les chrétiens. “Frères vous êtes une maison que Dieu construit”(1 Co 3,9)  “la pierre de fondation (…) Jésus Christ” (1 Co 3,11)  “vous êtes un sanctuaire de Dieu (…) l’Esprit de Dieu habite en vous” (1 Co 3, 16). Saint Paul nous dit ce mystère d’amour qui vient de Dieu. Vous êtes le sanctuaire de Dieu ! Quelle responsabilité, quelle beauté, quel don que Dieu nous fait. Nous sommes à lui et nous revenons à  lui en Eglise.

Les Pères de l’Eglise nous enseignent que “Dieu a bâti l’homme, afin que l’homme bâtisse pour lui”. Des églises, mais aussi, dans leur rayonnement manifeste ou secret, la société, la culture, une relation “eucharistique” entre les hommes et avec la terre. Tout doit s’édifier autour de ce germe de feu. Une église, comme Saint Jean du Latran mais aussi comme Saint Jean de Strasbourg, exprime le sens du monde, en rendant au monde sa transparence, en l’ouvrant sur le mystère. Et le monde apparaît alors comme une église.

Je cite Maxime le Confesseur “ L’Église est l’image parfaite du monde sensible. Elle a pour Ciel le divin sanctuaire, et pour terre la nef dans toute sa beauté. En retour le monde est une église : pour sanctuaire il a le ciel et pour nef, la terre magnifique” (Mystagogie, 3 – PG 91, 669).

De même l’Eglise exprime le sens de l’homme, de son corps, de son âme, de son cœur-esprit. C’est la vision-communion de Dieu, la déification.

“ L’église est comme un homme. Pour âme elle a le sanctuaire, pour esprit l’autel divin, pour corps la nef. Elle est à l’image et à la ressemblance de l’homme qui lui-même est créé à l’image à la ressemblance de Dieu. Par sa nef, comme par son corps, elle propose l’acquisition d’une sagesse pratique ; par le sanctuaire, comme par une âme, elle interprète spirituellement la contemplation de la nature, par l’autel divin comme par l’esprit, elle pénètre dans la vision de Dieu. 

En retour, l’homme est une église mystique. Par la nef de son corps, il illumine ses puissances actives (…) ; par le sanctuaire de son âme, il offre à Dieu les essences spirituelles des choses (…) par l’autel de son esprit, il invoque le silence au cœur de la Parole divine, grande voix qui dépasse toute connaissance. Là, autant qu’il est permis à l’homme, il s’unit à la divinité (…) et reçoit l’empreinte de sa fulgurante splendeur”. (Mystagogie, 6 – PG 91,684).

Chers catéchumènes, le mystère de l’Eglise s’offre à vous, notamment à travers le baptême. Dieu vous appelle car il vous a bâti afin que vous bâtissez pour lui en Eglise.

L’Eglise enfin est née du côté transpercé du Christ. Vous connaissez certainement le chant “ de son côté transpercé ont coulé des flots d’eau vive, le fleuve de l’Esprit réjouit la Cité de Dieu”. Le mystère pascal est au cœur de l’Eglise qui naît de l’eau et du sang du Christ. Croix, source de vie. L’autel dans l’église représente le Christ, il est à la fois tombeau et vie puisque à chaque Eucharistie célébrée à l’autel la vie rejaillit. Jean Corbon nomme un ouvrage, liturgie, source de vie. La liturgie coule de l’autel du Christ, elle donne la vie du Ressuscité au monde qui est réuni en communion du ciel et de la terre unifié dans l’hostie consacrée, Corps du Christ, Eglise, assemblée sainte, ekklesia, peuple de Dieu en chemin porté par les fleuves d’eau vive de l’Esprit qui nous sanctifient, Esprit Saint, souffle de Dieu, qui fait agir et qui fait vivre. Le prophète Ezéchiel dans la “vision reçue du Seigneur” (Ez 47, 1) préfigure l’entrée de l’homme dans la Maison qui sera l’Eglise, une eau mystérieuse coule de l’autel, et cette eau vive créée une somptueuse irrigation, ce pays semble une nouvelle création. Ce pays c’est le Temple de Dieu, Eglise, dans lequel nous devenons en communion avec nos frères et sœurs, Temple de Dieu, corps du Christ.
Que le Seigneur nous fasse la grâce d’accueillir, en Eglise, cette eau vive du salut qui coule de l’autel du Christ.

Rassemblés à l’autel eucharistique, prions pour nos frères et soeurs en humanité, prions plus particulièrement pour nos frères et soeurs qui vont entrer en catéchuménat en cette solennité de la dédicace de Saint Jean du Latran,

Prions pour nous-mêmes, pour nos frères et sœurs absents ou loin de l’Eglise, que l’amour miséricordieux du Seigneur de Gloire illumine le monde afin qu’il découvre toujours plus l’unique Source de la Vie. Amen ! Alleluia +