La persévérance, boussole pour les temps incertains
Homélie de fr. Charles  |
le 16 novembre 2025  |
Texte de l'évangile : Lc 21, 5-19

Frères et sœurs, l’Évangile que nous venons d’entendre n’est pas très réconfortant au premier abord. Par certains aspects et plusieurs détails, il ressemble à notre actualité. On croirait entendre le journal télévisé. En parlant ainsi, Jésus ne veut pas nous alarmer. Il souhaite plutôt raviver notre foi et notre espérance. Pour cela, il nous avertit contre l’illusion des fausses sécurités, il nous indique ensuite comment traverser les épreuves de la vie. Enfin, il nous invite à la persévérance, une vertu chrétienne essentielle pour le changement d’époque que nous vivons.

Les illusions des fausses sécurités et des faux prophètes
Jésus, qui connaît le cœur de l’homme, avertit ses disciples : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre, tout sera détruit. » Jésus ne craint pas de dépeindre un avenir sombre, rempli de guerres, de désordres, de phénomènes effrayants, et surtout, de persécutions pour ceux qui le suivent. Tout ceci manifeste combien nos certitudes sont fragiles et que seule la foi nous soutiendra. Tout passe, mais le Christ demeure. La stabilité et la puissance des institutions humaines, même religieuses, sont illusoires. Le Temple, symbole de la présence de Dieu et fierté d’Israël, est voué à disparaître. Les « belles pierres » de ce monde sont transitoires. Richesses, gloire, pouvoir, réalisations personnelles, tout sera ébranlé, ultimement détruit, emporté par l’histoire. Elles ne peuvent donc être des pierres de fondation pour notre vie. Or, trop souvent, elles deviennent des idoles et des fausses sécurités. L’autre illusion est celle des faux prophètes. « Ne marchez pas derrière eux ! » nous dit Jésus. Ce sont des artisans de fausseté, qui proposent de fausses sécurités ou des solutions immédiates. Ils voilent le dessein de Dieu en faisant miroiter un bonheur immédiat par des paroles mensongères. Ces prophètes sont des faux messies, des anti-Christs ; ils s’opposent à la révélation de Dieu, au mouvement de salut qui traverse le monde et l’histoire pour les mener à leur achèvement. Cependant, nul ne pourra empêcher la venue du Seigneur. Le prophète Malachie nous en avertit : en brûlant comme une fournaise et en brillant comme le soleil de Justice, le jour de Dieu révélera ultimement la valeur des cœurs. Il mettra en évidence la gloire du Seigneur, il anéantira les vanités et les puissances de mort, il consumera l’impiété de la racine jusqu’aux branches, sans possibilité de repousser. Le Bien triomphera pour toujours. C’est ce mouvement profond de révélation qui doit nous éclairer et nous garder de toutes les illusions.

Les épreuves : un creuset pour notre foi
Jésus n’est pas un faux prophète ; il ne cache pas la réalité de l’existence. Il connaît la vulnérabilité de l’homme et les épreuves de la vie. Les adversités sont inévitables. « On portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs à cause de mon nom. » De même pour les relations avec les plus proches : « ils feront mettre à mort certains d’entre vous. » Dans ces situations difficiles et angoissantes, Jésus indique un chemin intérieur, il ouvre une brèche au cœur de l’épreuve : « Cela vous amènera à rendre témoignage. » Autrement dit, Jésus relie l’épreuve au témoignage, il relie l’adversité à la conversion des cœurs. Les épreuves sont des occasions de témoignage pour les croyants. Elles offrent la possibilité d’exprimer notre foi, de renouveler notre confiance en Dieu du plus profond de notre cœur. Au milieu du chaos et de la mort physique, le croyant n’a pas à se préoccuper de son sort. Sa vie est entre les mains de Dieu. Ainsi, l’épreuve devient le creuset privilégié pour grandir dans la foi, pour faire de la vulnérabilité un lieu de fécondité.

La persévérance chrétienne
« C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie », nous dit Jésus. Qu’est-ce que la persévérance ? Le mot grec original est hypomonē, souvent traduit par endurance ou patience. L’endurance n’est pas une résignation passive, mais une ferme détermination à rester fidèle au Christ malgré les épreuves, une patience active dans l’espérance. Dans l’Évangile de Luc, ce mot revient deux fois. Une fois dans notre évangile, et une autre fois dans la parabole du semeur à propos de la bonne terre. Un cœur qui écoute, un cœur qui laisse résonner en lui la Parole de Dieu devient persévérant. Il est affermi et rendu capable de porter du fruit ; jamais son feuillage ne sèche, même au temps de l’épreuve. La persévérance est le fruit de l’écoute intérieure ; elle donne de voir plus loin que les apparences, elle nous garde des illusions et elle permet de traverser les épreuves. La persévérance est la vertu du temps incertain. Elle s’attache à cultiver la fidélité du présent et refuse de spéculer sur l’avenir. Elle nous permet de transformer la persécution en témoignage et l’angoisse en espérance. Elle nous fait entrer dans la révélation de Dieu et nous libère des illusions.

Cette persévérance, nous la demanderons au moment de la communion lorsque nous dirons : « Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps ; soutenus par ta miséricorde, nous serons libérés de tout péché, à l’abri de toute épreuve ; nous qui attendons que se réalise cette bienheureuse espérance : l’avènement de Jésus Christ, notre Sauveur. »