Frères et sœurs, quand, dans la Bible, nous entendons parler de vigne, il faut tendre l’oreille. Car lorsque le Seigneur parle de la vigne, il parle de lui… et il parle de nous. Isaïe nous fait entendre le chant d’un vigneron amoureux de sa vigne : « Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. »
Quelle belle image de Dieu ! Dieu n’est pas un propriétaire indifférent. Il est le vigneron qui prend soin de sa vigne. Et cette vigne, c’est d’abord son peuple, son Église, mais c’est aussi chacun de nous.
Pensons à notre propre vie. Au jour de notre baptême, Dieu a planté en nous une vie nouvelle. Il a semé dans notre cœur quelque chose qui vient de lui :
la foi, pour apprendre à regarder le monde avec ses yeux ;
l’espérance, pour avancer même quand nous ne voyons pas encore l’issue ;
et surtout la charité, pour aimer de l’amour même de Dieu.
Voilà ce que Dieu fait dans notre vie : il travaille une terre parfois dure, parfois pierreuse ; il enlève peu à peu ce qui empêche la vie de pousser ; il plante en nous sa propre vie.
Et Dieu ne s’arrête pas là. Dans l’Évangile, Jésus dit que le propriétaire a entouré la vigne d’une clôture, creusé un pressoir et construit une tour de garde.
Autrement dit : Dieu ne nous abandonne pas. Il nous protège et nous fait grandir. Il nous donne son Église, sa Parole, les sacrements, des frères et des sœurs pour nous accompagner.
La Parole de Dieu est comme une tour de garde : elle nous aide à discerner ce qui conduit à la vie et ce qui nous en éloigne.
Les sacrements sont comme le pressoir : ils rendent présents pour nous la grâce et le salut que le Christ a accomplis une fois pour toutes sur la croix.
Tout est donc préparé pour que la vigne puisse porter du fruit. Et pourtant, voilà le drame de la parabole : la vigne ne donne pas les fruits que le vigneron attendait.
Isaïe pose alors cette question bouleversante : « Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? » Dieu a tout donné. Mais l’homme peut toujours refuser. C’est peut-être là que cette parabole nous rejoint le plus profondément.
Nous voulons parfois être les propriétaires de notre propre vie. Nous voulons décider seuls, ne dépendre de personne, ne recevoir de conseils de personne. Et surtout, nous supportons mal que Dieu vienne nous dire quelque chose sur notre manière de vivre.
Alors la vigne devient stérile. Non pas parce que Dieu cesse de nous aimer, mais parce que nous cessons de nous laisser aimer et transformer par lui.
Les serviteurs envoyés par le maître représentent tous ceux par lesquels Dieu vient nous rejoindre : sa Parole, les personnes qui nous entourent, un frère ou une sœur qui nous reprend avec amour, un événement qui nous oblige à changer, une souffrance même parfois qui nous fait retrouver l’essentiel.
Et puis vient le Fils. « Ils respecteront mon fils. » Mais les vignerons veulent aussi le tuer. Et nous comprenons que Jésus parle ici de sa propre Passion. Le Christ est celui que nous rejetons lorsque nous voulons construire notre vie sans lui. Mais c’est précisément là que se trouve notre espérance.
Car Dieu ne renonce pas à sa vigne. Le Fils rejeté et mis à mort devient justement la pierre d’angle. Sa croix, qui semblait être un échec, devient le lieu où l’amour de Dieu se révèle pleinement.
Voilà la Bonne Nouvelle de cet Évangile : notre infidélité n’est jamais plus grande que la miséricorde de Dieu. Le Seigneur continue de travailler notre terre. Il continue de tailler, d’émonder, de purifier, de faire tomber ce qui est inutile. Parfois, cela peut faire mal. Mais l’émondage n’est pas une punition : c’est le travail du vigneron qui veut que la vigne porte davantage de fruit.
Et quels sont ces fruits ? Saint Paul nous le rappelle dans la lettre aux Philippiens : la paix, la bonté, la vérité, la justice, tout ce qui est noble et digne d’être aimé.
Autrement dit, notre vie chrétienne ne consiste pas seulement à recevoir la grâce. Elle consiste à laisser cette grâce devenir visible dans notre manière de vivre.
Alors, aujourd’hui, nous pouvons simplement demander au Seigneur : Seigneur, qu’est-ce qui, dans ma vie, empêche encore ta vigne de porter du fruit ? Qu’est-ce que tu veux émonder ? Qu’est-ce que tu veux faire grandir en moi ?
Ne cherchons pas d’abord les fruits chez les autres. Regardons notre propre vigne. Et faisons confiance au Vigneron. Car celui qui a commencé en nous cette œuvre de vie ne se lasse pas de nous. Même lorsque nous sommes infidèles, il reste fidèle. Même lorsque notre vigne semble pauvre, il continue de travailler.
Et chaque fois que nous revenons à lui, dans la prière, dans la réconciliation, dans l’Eucharistie, la vie recommence à circuler.
Alors, peu à peu, par sa grâce, notre vigne pourra porter les fruits qu’il attend : des fruits de foi, des fruits d’espérance, des fruits d’amour.
Et nous découvrirons que notre vie ne nous appartient pas seulement : elle est une vigne confiée par Dieu, pour qu’elle devienne, avec lui, une source de vie pour les autres.