Deux fils. Et deux réponses à un même appel : « Va travailler aujourd’hui à ma vigne. »
Le premier dit : « Non », puis il se ravise et y va.
Le second dit : « Oui », mais il n’y va pas.
Jésus nous pose alors une question simple :
« Lequel des deux a fait la volonté du père ? »
La réponse est évidente : celui qui, finalement, a fait ce que son père demandait.
Mais Jésus ne cherche pas simplement à opposer les bons et les mauvais. Il nous invite à regarder notre propre cœur.
Car il y a en chacun de nous du « oui » et du « non ».
Il y a des « oui » sincères, mais parfois fragiles.
Il y a aussi des « non » qui peuvent devenir le commencement d’un retour vers Dieu.
C’est ce que Jésus révèle lorsqu’il parle des publicains et des prostituées. Il ne fait pas l’éloge du péché. Il fait l’éloge de la conversion.
Ces hommes et ces femmes ont reconnu leur éloignement de Dieu. Ils ont accueilli la parole de Jean-Baptiste et ont changé de chemin.
Cette parabole nous donne alors trois lumières.
Première lumière : notre générosité a besoin d’être sauvée.
Nous pouvons avoir de belles intentions, dire spontanément « oui » à Dieu, vouloir bien faire… et découvrir ensuite que nous sommes incapables de tenir nos promesses.
Pierre en a fait l’expérience. Il dit à Jésus : « Je donnerai ma vie pour toi. »
Quelle générosité ! Et pourtant, quelques heures plus tard, il le renie.
Pierre devait encore découvrir sa propre faiblesse.
Nous aussi, il nous arrive de découvrir que nous ne sommes pas aussi forts, aussi généreux ou aussi fidèles que nous le pensions.
Mais Dieu ne permet pas ces découvertes pour nous humilier. Il veut nous apprendre à ne plus compter seulement sur nous-mêmes.
Le chrétien ne dit pas seulement : « Seigneur, regarde ce que je peux faire pour toi. »
Il apprend à dire : « Seigneur, regarde ma pauvreté et viens me sauver. »
Deuxième lumière : nous avons tous besoin de la miséricorde de Dieu.
Les deux fils ont désobéi, chacun à sa manière.
L’un dit « non » ouvertement.
L’autre dit « oui », mais son oui reste sans effet.
Cela nous rejoint. Car notre péché n’est pas toujours spectaculaire. Il peut aussi être discret : une parole sans lendemain, une foi de façade, une pratique religieuse qui ne transforme plus notre vie.
Mais Jésus nous montre surtout que notre histoire peut toujours changer.
Le repentir n’est pas simplement la culpabilité.
La culpabilité nous enferme dans ce que nous avons fait : « J’aurais dû… Je n’ai pas été à la hauteur… »
Le repentir, lui, nous tourne vers Dieu.
Il nous fait dire : « Seigneur, j’ai mal agi. Je me suis éloigné de toi. Mais je crois encore en ton amour. »
Et alors, nous pouvons repartir.
Voilà pourquoi cette parabole est une parole d’espérance : notre échec n’est jamais le dernier mot. La miséricorde de Dieu peut toujours ouvrir un chemin nouveau.
Troisième lumière : Dieu nous donne des signes pour nous convertir.
Pour les publicains et les pécheurs, Jean-Baptiste a été un signe.
Et pour nous ? Une rencontre, une parole, une épreuve, un échec, un deuil, mais aussi une joie peuvent devenir un appel de Dieu.
Encore faut-il ouvrir les yeux et le cœur.
Nous pouvons aussi devenir des signes les uns pour les autres : par une parole vraie, un pardon, une présence fidèle, un geste de charité.
Mais il existe un signe qui dépasse tous les autres : la croix du Christ.
Sur la croix, nous voyons jusqu’où va le « oui » de Jésus à son Père et jusqu’où va son amour pour nous.
Jésus est le Fils dont le « oui » est parfaitement accompli.
Toute sa vie est un « oui » au Père, jusqu’à la croix. Et ce « oui » devient, dans la résurrection, source de vie pour nous.
Alors, frères et sœurs, cette parabole nous invite aujourd’hui à regarder nos propres « oui » et nos propres « non ».
Peut-être y a-t-il dans notre vie un « non » que Dieu nous demande de transformer en « oui ».
Peut-être y a-t-il aussi un « oui » que nous prononçons facilement, mais que notre vie ne met pas encore en pratique.
Mais une chose est certaine : la vigne du Père reste ouverte.
Dieu nous appelle encore aujourd’hui.
Et dans cette Eucharistie, Jésus renouvelle pour nous son « oui » au Père. Il se donne tout entier pour notre salut.
Lorsque nous répondrons « Amen » au don de son Corps et de son Sang, que cet « Amen » ne soit pas seulement une parole de nos lèvres.
Qu’il devienne la réponse de toute notre vie :
Amen, Seigneur, me voici pour faire ta volonté.
Amen, que ton Règne vienne en moi.
Amen, je suis tout à toi.