frere joseph fmj
S’il t’écoute, tu as gagné ton frère
Homélie de fr. Jean-Christophe  |
le 6 septembre 2020  |
Texte de l'évangile : Mt 18,15-20

Avez-vous entendu le mot qui revient fréquemment dans cette page d’Evangile ? Il s’agit du verbe « écouter ». « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère ». On aurait pu s’attendre à un autre verbe que celui d’écouter. Par exemple, s’il se repent, s’il reconnaît ses fautes, s’il te demande pardon,… tu as gagné ton frère. Non, Jésus met l’exigence sur un autre plan que celui de la morale. D’ailleurs, il ne s’appesantit pas sur la nature du péché qui est en cause. Là n’est pas la préoccupation première de Jésus. Son exigence est sur un plan relationnel. Deux frères, deux disciples vivent une relation brisée par le mal. C’est insupportable pour Jésus. Car Jésus est venu pour rassembler les enfants de Dieu dispersés, pour qu’ils deviennent Eglise, l’assemblée sainte, signe visible de son Royaume en devenir.

Jésus ne nie cependant pas la gravité du péché. Il demande de faire des reproches à celui qui a péché. Dans bien d’autres endroits dans l’Evangile, il appelle à se purifier du mal, à se convertir. Mais là, son attention se porte sur la relation. Il faut renouer le dialogue que le mal a mis à mal. Et cela engage autant l’offensé que l’offenseur.

Jésus s’adresse dans son Evangile à l’offensé :Va trouver ton frère. Nous pourrions penser que c’est à l’offenseur de faire le premier pas de la réconciliation. Pour Jésus, c’est celui qui est blessé qui est appelé à oser renouer la relation avec son adversaire. Hâte-toi de te réconcilier en chemin avec ton frère, dit ailleurs Jésus. Jésus ne met pas la barre trop haut, si je puis dire : fais que ton frère puisse t’écouter. Ecouter est une exigence qui paraît simple, facilement accessible. Et pourtant… Qui n’a jamais expérimenté que reprendre son frère n’est pas chose aisée ?

Attendre de celui a péché contre moi de m’écouter est un risque que je prends. Ecouter est plus qu’entendre. Ecouter, c’est se laisser interpeller par une parole donnée, la laisser entrer en soi et faire son œuvre. Pour que mon ennemi m’écoute, il me revient de donner une parole qui va réussir à passer en l’autre, qui va rejoindre une attente enfouie. Le défi est de mon côté. Si le pécheur m’écoute, alors c’est qu’il s’est mis en route vers une autre logique que celle du mal. Le pécheur n’est déjà plus le même. Du neuf peut advenir.

Le risque que je prends en osant une parole, c’est de ne pas être entendu. Cela arrive souvent quand justement nous nous enfermons dans des propos moralisants. Le méchant, c’est l’autre. A lui de voir ses fautes et de changer. La culpabilité se déverse sur l’offenseur. Peut-il être ainsi dans une attitude d’écoute ? Il faut avouer que souvent nous reprochons aux autres ce que nous avons du mal à supporter en nous-mêmes. Le frère se fait miroir de notre propre faiblesse.

Aussi attendre de mon ennemi qu’il m’écoute, c’est prendre le risque qu’il remette en cause ma parole, ma manière de juger ses actes en apportant un regard autre sur la situation de conflit. C’est prendre le risque de me présenter moi-même comme un pécheur qui n’est pas meilleur que le frère qui a péché. Mon frère m’écoutera s’il sent que ma parole est humble et non tranchante comme un jugement sans appel. L’écoute est une réponse à la bienveillance. Je peux dire à mon frère qu’il a péché si je me refuse de le juger moi-même. Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère si tu ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Je peux reprendre mon frère en vérité, avec délicatesse, si moi-même je me sais pécheur pardonné et aimé. Mon frère pourra m’écouter s’il sent que je suis moi-même à l’écoute de sa souffrance, de son insatisfaction qui l’ont conduit à pécher. Cela demande de dissocier le péché du pécheur, de ne pas réduire le pécheur à sa faute.

Exiger de l’autre l’écoute, c’est risquer la relation après la brisure que cause le mal, c’est dépasser le mal pour choisir la communion. Désirer que mon frère m’écoute, c’est commencer un chemin de pardon. Combien de fois devrais-je pardonner à mon frère ?, demande Pierre à Jésus. Soixante-dix fois sept fois, lui répond Celui qui n’a jamais péché. L’écoute de la part de mon frère est possible si le pardon a déjà commencé son œuvre en moi.

Mais allons plus loin. La condition pour être disciple du Christ, c’est d’écouter ceux qui parlent en son nom. En exigeant l’écoute, Jésus me demande rien de moins que de faire de mon frère qui m’a blessé un disciple. Ce point nous permet de comprendre que ce qui va permettre à mon offenseur de voir ses fautes et de changer d’attitude, c’est de rencontrer le Christ. Qui vous écoute m’écoute, dit Jésus. Exhorter mon frère ne consiste pas à le blâmer mais plutôt à lui faire découvrir qu’il est aimé de Dieu, qu’il est sauvé par le Christ. L’écoute ouvre un chemin pour marcher ensemble vers le même but, la communion avec Dieu. Mon frère pourra se convertir si je prends l’initiative de marcher avec lui. Non pas le regarder de haut mais descendre là où il en est sur sa route. L’écoute est un chemin à parcourir ensemble.

Enfin l’écoute est une promesse. Si mon frère m’écoute, c’est qu’il perçoit une espérance qui le sort de ses ténèbres. L’écoute, c’est se recevoir d’un autre, c’est recevoir de l’autre la vie du Christ qui passe en ses disciples. L’écoute est promesse de réconciliation, de la remise des dettes dans le feu de l’amour divin. « L’amour ne fait pas de mal au prochain » dit Paul aux Romains (Rm 13,9). Aimer mon frère qui a péché, c’est faire tout pour qu’il réussisse, qu’il me dépasse même en sainteté. C’est donner sans chercher à recevoir en retour.

Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, dit Jésus. Les liens fraternels dans le Christ sont plus forts que la mort. Car ce sont des liens d’amour. Or tout passera mais l’amour ne passera jamais (Rm 12).

Les frères qui se réunissent dans l’amour au nom de Jésus rendent présent le Christ au milieu d’eux. Rien n’est plus fort que ce signe visible de l’amour fraternel. Car il donne de voir Jésus, l’aîné d’une multitude de frères, l’ami des hommes. C’est la contemplation du Christ, doux et humble de cœur, qui brise les chaînes du mal, qui désamorce la haine, qui libère l’amour dans les cœurs.

Viens, Seigneur, toi notre espérance, nous révéler ton visage en nos frères. Donne-nous un cœur qui écoute ta Parole, qui écoute le cri de la terre et celui de nos frères. Chasse loin de nous les embûches de l’ennemi. Viens unir nos cœurs dans la charité.

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