frere joseph fmj
Un pas après l’autre, avec Marie
Homélie de fr. Jean-Christophe  |
le 20 décembre 2020  |
Texte de l'évangile : Lc 1,26-38

Que venons-nous d’entendre, frères et sœurs ?
Rien de moins que le récit d’une pâque.
Souvenons-nous de la pâque primordiale,
archétype dans l’Écriture Sainte, de tous les passages à venir,
la pâque des Hébreux traversant la Mer Rouge
pour passer de l’esclavage à la liberté.
Une brèche s’est ouverte dans la mer
et le peuple guidé par la Nuée lumineuse
est passé à pieds secs.

À Nazareth, dans l’intimité de la maison de Marie,
une autre pâque s’est accomplie,
la pâque de la Parole de Dieu,
le passage du Verbe de Dieu
de la gloire divine à la fragilité de la chair.
Pour cela, Marie s’est rendue disponible intérieurement
à la Parole de Dieu.
Elle s’est laissé toucher
par une parole venue d’ailleurs.
Elle a consenti à ce que cette parole
venue d’un Autre prenne chair en elle.
Marie a pris le risque de l’inconnu, de l’inconcevable.
Comment, elle qui ne connaît pas d’homme,
pourrait-elle concevoir et enfanter un fils ?

Comme ses pères, de qui elle a reçu
cette foi solide au Dieu d’Israël,
elle a fait le premier pas dans la mer.
C’était une aventure d’une audace folle,
car il n’existait aucun chemin préétabli.
Il a fallu au contraire avancer dans l’inconnu,
sans le secours d’une représentation
ni d’une image de ce qui allait se passer.
Comme l’écrit la philosophe juive Catherine Chalier,
«que traverser la mer Rouge à pieds secs soit possible,
nul ne le sait avant de s’y être engagé ;
ce n’est qu’une fois la traversée accomplie
qu’on estime que cela était une possibilité»
(cité par Geneviève Comeau, Xavière, AG Corref, Lourdes, 2014).
Le premier pas dans la mer est un pari,
mais c’est lui qui ouvre la mer.

Marie a fait ce premier pas
car elle était habitée par la promesse
faite à Abraham, à Moïse, à David.
Elle vivait dans l’espérance de l’avènement du Messie.
Elle n’était pas dans une attente passive.
Car espérer, ce n’est pas attendre, c’est se savoir attendu.
Marie se savait attendue par quelqu’un.
Marie a pu dire «oui»
car elle vivait déjà de ce qu’elle ne connaissait pas encore.
Elle habitait le présent du neuf
qui n’était pas encore advenu.
Elle se nourrissait de cette parole divine
qui n’avait pas encore été donnée.
C’est cela être dans la grâce, en état de grâce.
Parce que Marie a banni la crainte de son cœur,
elle a trouvé la grâce à l’œuvre en elle.
«Sois sans crainte, Marie,
car tu as trouvé grâce auprès de Dieu».

Alors que la crainte nous replie sur ce que l’on tient
et que l’on risque de perdre,
la grâce nous fait désirer
ce qu’un autre désire pour nous-mêmes.
La grâce dépasse ce que l’on est en droit d’attendre.
Oui, Marie a trouvé grâce en délaissant la crainte.
Grâce qui a ouvert un passage en elle
pour la Parole de Dieu.
Marie s’est laissé conduire
là où elle ne comprenait pas,
là où elle ne savait pas.
«Pour venir à ce que tu ne sais pas,
il te faut aller où tu ne sais pas»,
écrit Saint Jean de la Croix.
Il faut passer, ajoute-t-il, par la nuit de la raison
et celle des sens pour entrer, par la foi,
dans le mystère du Verbe
qui s’incarne dans notre existence humaine.
(cité par Christine Fontaine dans www.dieumaintenant.com)

Aux yeux des hommes, ce qui arrive à Marie
est impossible, inimaginable.
Mais la grâce divine fait tomber les obstacles.
La pâque de la Parole de Dieu en Marie ne pouvait se réaliser
sans qu’elle-même se laisse déplacer,
sans qu’«elle accepte que sa vie la plus charnelle
échappe à ce qu’elle peut en saisir». (ibid.)
En abandonnant l’avenir qu’un homme lui promet,
Marie s’ouvre au mystère,
à une vérité que nous n’aurons jamais fini de sonder :
celle du Dieu vivant parmi nous.

Mais la Pâque du Verbe de Dieu en Marie, frères et sœurs,
ne s’enferme pas dans l’histoire.
Elle est un évènement qui s’actualise
dans notre vie de croyant
à chaque fois que nous ouvrons la Bible
et que nous recevons la Parole de Dieu.
Ecouter la Parole de Dieu,
c’est, comme Marie, prendre un risque.
C’est consentir à être dépassé par ce qui nous est dit.
C’est faire le premier pas dans la mer
sans savoir ce qu’il adviendra du second.

Le premier pas nous appartient
car Dieu nous laisse toujours libres
de le suivre ou non alors que le deuxième pas
est celui de la grâce agissante qui nous précède.
Le deuxième pas est celui de tous les possibles,
c’est celui où le Verbe s’incarne dans notre propre chair.
Ce qu’a vécu Marie lors de cette annonce de l’ange,
nous pouvons le vivre à chaque fois que nous nous mettons
à l’écoute de la Parole de Dieu.
Par notre baptême, nous sommes devenus
comme Marie des êtres de grâce.
Nous avons été graciés par Dieu
pour tous nos péchés qui ont terni
notre beauté d’enfants de Dieu.
Sa miséricorde nous a lavés, purifiés, sanctifiés.
Comblés de grâce, nous pouvons laisser la Parole de Dieu
faire son œuvre en nous et nous conduire
sur les chemins nouveaux de l’Esprit.
Nous devenons cette «humanité de surcroit
en laquelle Dieu renouvelle tout son mystère»
(Bse Elisabeth de la Trinité), en laquelle
Dieu s’incarne à nouveau.
Nous devenons ce temple nouveau
dans lequel Dieu a planté sa tente.

C’est une aventure de foi.
Ce n’est qu’une fois cette vie traversée
au souffle de la Parole, par delà les croix, les échecs,
les deuils, les doutes que nous pourrons comprendre
que le chemin de notre vie était celui
de l’incarnation de Dieu dans notre chair.
Le signe en sera la mort vécue comme une naissance,
l’ouverture à une vie nouvelle et éternelle.

La vie, frères et sœurs, c’est finalement
poser un pas après l’autre.
Le pas de la foi, le pas de la rencontre, le pas de l’amour,…
À Noël, n’oublions pas que si Dieu a fait
le pas de venir jusqu’à nous,
il attend de nous aujourd’hui le pas dans la mer
qui ouvre tous les possibles.
Heureux sommes-nous si nous fondons
notre vie sur le roc de la Parole de Dieu,
si nous laissons tout advenir, comme Marie,
selon sa parole.
Alors ce sera Noël aujourd’hui dans notre vie.

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